Le désert rouge

le-desert-rouge

Il Deserto rosso (Italie, 1964), un film de Michelangelo Antonioni avec Monica Vitti, Richard Harris et Carlo Chionetti. Reprise France : 4 janvier 2006. Durée : 1h55. Produit par Film Duemila et distribué par Rizzoli Film.

Film magnifique et désespéré qui fait une synthèse remarquable des thèmes chers à Antonioni, portée par la photographie de Carlo di Palma. Il s’agit encore d’un couple malheureux, déchiré et incapable de communiquer, cette fois-ci placé au cœur du nord industriel de l’Italie. Monica Vitti incarne une femme mariée, mère d’un enfant, qui tente de survivre au traumatisme causé par un accident de voiture. Personnage nerveux et fébrile, perpétuellement transie de froid, elle tombe dans les bras d’un homme qui ne sait pas l’aimer et ne fait que désirer l’idée qu’il se fait d’elle. Lui-même vit une vie désincarnée, sans conviction politique, qu’il souhaite débarrassée de toute possession, fonçant donc à sa manière dans le même vide déshumanisé qu’expriment les espaces blancs et morts de l’appartement familial.

Le travail d’Antonioni sur la « désertification » de l’espace trouve ici une expression beaucoup plus convaincante et forte que dans L’Eclipse. La photographie et le cadrage se concentrent sur la description d’un monde profondément instable, comme la baraque en bois du pêcheur, dernière trace des constructions non industrielles dont les personnages s’amusent à arracher les planches en ricanant. Car le monde, transformé par la froideur technique des ingénieurs, n’en est que davantage habité par le vide et l’instabilité : c’est la principe même de la plateforme pétrolière perdue au milieu de la mer où les deux amants échangent quelques mots ; c’est aussi celui de la cour gigantesque et déserte de l’usine où se perdent les appels à l’unité des syndicalistes au début du film. Le brouillard des docks permet aussi la disparition pure et simple des personnages, qui au sortir de la petite maison de pêcheur s’effacent du cadre, se perdent dans la brume et dans l’angoisse que crée chez eux la peur de la contagion. L’ouverture du film annonce ce travail : elle semble se situer hors du monde, avec le personnage de Monica Vitti qui erre seul à la recherche de son fils, qu’elle ne parvient pas à garder auprès d’elle ni à nourrir correctement malgré ses efforts.

Laisser un commentaire