Le Dossier 51

Le Dossier 51 (France, 1978), un film de Michel Deville avec François Marthouret, Didier Sauvegrain et Francoise Lugagne. Durée : 1h48. Sortie France : 30 août 1978. Produit et distribué par Gaumont.

Dominique Auphal (François Marthouret), ancien diplomate nouvellement nommé à l’ODENS, un comité chargé des échanges avec les pays du tiers-monde et responsable de nombreuses tractations financières, devient la cible d’une organisation secrète de renseignements qui désire faire de lui un agent infiltré. Pour le convaincre, une enquête approfondie est requise afin de connaître la faille psychologique qui fera plier le fonctionnaire. Observations, filatures, approches de l’environnement affectif, écoutes, manipulations, mensonges, toutes les techniques d’espionnage et appareillages technologiques sont utilisés afin de le contrôler.

Fort d’une dimension parano «tous-filmés-par-des-tous-pourris», Le dossier 51 pose de passionnantes questions de cinéma, à commencer par celle-ci: comment traduire l’intraduisible (une suite de fiches, de rapports, de constats) par des moyens purement cinématographiques? En bon pervers voyeur qui a si souvent aimé mettre les acteurs à nu, Deville creuse l’intimité et qui dit «intimité» dit «subjectivité». Soit ne penser qu’en termes de son et d’image pour accumuler toutes les données possibles et alimenter le fameux Dossier 51. De la simple photographie souvenir à la photographie investigatrice, de l’écoute téléphonique à l’enregistrement pirate, de la coupure de presse aux échanges épistolaires. Toute donnée relative à la personnalité, à la vie passée ou présente de Dominique Auphal, ses relations amicales et professionnelles, ses années d’études supérieures ou ses premières années de couple sont ainsi susceptibles d’être compilées, décortiquées, analysées puis exploitées. Les écoutes et les enregistrements sonores (téléphones, disposition de micro, micro-cravates, écoutes RDS) conservées sur bande puis dactylographiées permettent à l’organisation de consolider des pistes et des liens obscurs. Une base de données où les fiches, les rapports et les dossiers grossissent les rangées des chambres secrètes. Les agents eux-mêmes sont affublés de nom de code dissimulant leur véritable identité. — Chaos Reigns

Un film intriguant dans sa forme, presque porté exclusivement par son idée de mise en scène qui se décline tour à tour sur un mode sérieux (inspiré du roman d’espionnage) et parodique (on se croirait parfois dans un sketch de Bougret et Charolles de Gotlib).

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