Le goût de la cerise

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Le goût de la cerise (Iran, 1997), un film de Abbas Kiarostami avec Homayoun Ershadi, Ahdolrahman Bagheri et Safar Ali Moradi. Durée : 1h39. Sortie le 26 novembre 1997, distribué par Mk2.

Monté au milieu des années 90, deux ans avant les protestation étudiantes, Le goût de la cerise a valu à Kiarostami la Palme d’Or en 97 et la censure dans son pays d’origine. S’y développe une réflexion sur la mort qui prend la forme d’un conte : un homme se promène en voiture dans des petits monts désolés, peut-être une carrière de pierres ou un grand terrain vague. Il cherche quelqu’un qui acceptera de l’aider à mourir – plus précisément de le couvrir de terre une fois qu’il se sera donné la mort en avalant des cachets. L’homme est assez silencieux, ne parle que pour convaincre les gens de l’aider, et on ne saura rien des motivations de son geste : il évoque une grande « fatigue », pas de drame personnel. Quatre personnages vont lui faire face au fil du temps : un jeune soldat kurde en permission pour quelques heures, un afghan qui surveille un chantier, un homme de foi, enfin un vieux taxidermiste qui travaille au musée d’Histoire Naturelle. À part le dernier tous refusent, soit par la fuite, soit par le dialogue. Les plans sur le voyage lui-même sont tous d’une linéarité totale, renforcée par le centrage permanent de la caméra sur la voiture, qui fait graviter le paysage autour d’elle. L’image est comme un prétexte au dialogue, une manière d’occuper le regard pour n’entendre que les voix dont on ne perçoit pas les visages. Dans les hauteurs pierreuses que monte le 4×4 du personnage, tous les virages se ressemblent et toutes les pierres sont les mêmes.

Kiarostami cherche à ramener la question de l’assistance dans le suicide à sa dimension de fraternité humaine, en excluant les dogmes. Puisqu’il s’agit d’une fable, les symboles sont transparents et l’interprétation guidée : l’homme s’oppose à l’armée, à l’Église, il doit cheminer seul et ne trouve une oreille compatissante et un discours sensé que dans la sagesse de la vieillesse, qui l’enjoint à apprécier la saveur de la vie (le goût des cerises). Une lecture un peu schématique est tentante, mais le film ne se laisse pas prendre à ce piège. Il s’offre des détours comme cette série de très beaux plans sur son ombre projetée sur les gravas, cet ensevelissement avant l’heure où l’image se diffracte, s’attarde sur le jeu tout en silences et en mesure de Homayoun Ershadi. La fin est aussi dans cette veine, parenthèse rêveuse qui conclue le cadre guerrier dans lequel évoluent les personnages (les guerres des uns et des autres, l’entraînement des soldats qui crient en cœur).

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