Le paradis

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Le Paradis (France, 2014), un film d’Alain Cavalier. Durée : 1h10. Sortie France : 7 octobre 2014, produit par Michel Seydoux et distribué par Pathé.

Depuis l’enfance, j’ai eu la chance de traverser deux mini dépressions de bonheur et j’attends, tout à fait serein, la troisième. Ça me suffit pour croire en une certaine beauté de la vie et avoir le plaisir de tenter de la filmer sous toutes ses formes : arbres, animaux, dieux, humains… et cela à l’heure où l’amour est vif. L’innocence, le cinéaste en a perdu une partie. C’est si délicat à repérer autour de soi, si difficile à ne pas perdre au tournage. Ma reconnaissance va à ceux que vous regarderez à l’écran. Pour tenir tête au temps, j’ai une parade qui est de fouiller dans mon stock d’émotions et d’images anciennes. Non pour retrouver ce qui ne reviendra pas mais pour deviner dans l’hiver les signes du printemps. Cela permet de recommencer encore une journée d’un pas aisé.

Alain Cavalier a l’air de suivre un peu la même pente que Godard, celle du cinéaste vieillissant qui ne sort plus trop de chez lui et fait joujou avec sa caméra de vacances, ses animaux familiers et les proches qui l’entourent. Après Pater où on était dans l’appartement d’un ami, ici on est semble-t-il dans sa maison de famille, et il commence par filmer les derniers instants d’un bébé paon qu’il n’est pas parvenu pas à sauver. En hommage il le dépose dans la forêt, mais le lendemain le corps a disparu ; il dresse donc avec son fils un petit mausolée fait de clous plantés dans un arbre. Autour de ce micro-événement, sur lequel la caméra va revenir régulièrement au fil des saisons, il va lentement créer un petit monde où tout renvoie à Dieu et à la mort. Il prend des jouets, en fait un spectacle de marionnettes avec trois fois rien, et leur fait dire ses interrogations métaphysiques. Le montage entrecoupe ces petites scènes, qui reprend les histoires d’Ulysse ou d’Abraham, et les visages des gens qu’il aime. L’atmosphère met un peu de temps à se mettre en place, mais une vraie poésie finit par se dégager de ces idées décousues et ces scènes enchevêtrées, qui parfois sont pourtant un peu gauches dans leur naïveté mais très maîtrisées formellement : une petite fille déguisée en ange, une récitation des expressions françaises qui renvoient à Bible ou à la mythologie grecque, un plan fixe sur sa vieille voisine Suzanne qui parle de sa jeunesse… Le projet de Cavalier, aussi décrit dans un texte qui sert de bande annonce, est de retrouver une forme de bonheur complet qu’il décrit avec humour comme une extase mystique vécue deux fois : enfant lors de sa première communion, et plus tard en dégustant un rollmops au milieu d’un supermarché. Joueur et sinueux, son film est un rétrécissement sans artifice du métier de cinéaste, au bout de sa vie, sur ceux qu’il aime et sur la possibilité de faire encore des films émouvants avec peu de choses, du texte, une caméra et de l’amour.

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