Le pays du silence et de l’obscurité

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Land des Schweigens und der Dunkelheit (Allemagne, 1971), un film documentaire de Werner Herzog avec Fini Straubinger, Heinrich Fleischmann et M. Baaske. Durée : 1h25. Sortie France : mai 1972. Produit par Werner Herzog Filmproduktion.

Un documentaire magnifique pour conclure la série proposée par le Forum des Images. Précédé d’un court métrage (Derniers mots) que j’ai trouvé sans intérêt, il suit le cheminement de Fini Straubinger, une femme allemande devenue progressivement sourde et aveugle à l’âge de 20 ans. Parvenant à communiquer grâce à l’alphabet de Lorm, elle dédie sa vie à la rencontre de ses semblables, ceux qui comme elle vivent dans ce « pays du silence et de l’obscurité » d’où vient le très beau titre, et pour qui la communication avec un tiers cesse dès que les mains ou le corps d’un autre cesse de les toucher. On assiste à des scènes assez surréalistes comme un dîner avec un groupe de sourds aveugles accompagnés d’un proche qui leur traduit les discussions ; pour le spectateur qui les voit et et les entend, impossible de se figurer à quoi peut ressembler la scène pour ceux qui la composent. Herzog suit aussi Fini dans un établissement qui s’occupe d’enfants. L’un d’entre eux n’a jamais été élevé par ses parents ; terré dans un coin, à moitié sauvage, sa vie semble se limiter à un babillage autiste et au toucher des objets les plus proches. Mais dès que Fini lui touche la main ou qu’on approche de lui une radio au volume élevé qui vrombit en rythme, il semble s’animer et réagir, cherche le contact et rigole. Un autre tente d’apprivoiser l’eau dans une piscine avec son médecin ; plus tard il apprend à prononcer des syllabes en mimant les mouvements de mâchoire de son éducatrice, dont il perçoit la voix avec un casque à vibrations. Ces cas sont montrés longuement, sans que le film n’en devienne lent pour autant ; l’image parvient toujours à saisir des moments très poétiques, comme dans le plan final où un homme d’une quarantaine d’année s’éloigne lentement du groupe des parleuses, semble errer sans but jusqu’à ce qu’il croise un arbre qu’il touche à tâtons pour en saisir les contours. La caméra s’attarde ensuite sur le parc autour, sur un vol d’oiseaux, une façade, et redescend quelques mètres plus loin sur Fini, à nouveau seule, qui touche l’arbre à son tour dans le silence.

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