Le Poison

The Lost Weekend (États-Unis, 1945), un film de Billy Wilder avec Ray Milland, Jane Wyman et Phillip Terry. Durée : 1h40. Reprise France : 10 janvier 2018. Produit par Paramount et distribué par Swashbuckler Films.

Difficile d’évoquer Le Poison (1945), de Billy Wilder, sans rappeler la beauté dépressive de son titre original : The Lost Weekend. C’est d’ailleurs ce titre, initialement celui d’un best-seller de Charles R. Jackson qui, dans un kiosque à journaux, accrocha l’attention du cinéaste.

Billy Wilder raconte dans ses Mémoires (Et tout le reste est folie, avec Helmuth Karasek, Robert Laffont, 1993) une anecdote à ce propos : il apprit tardivement que cette formule qui lui avait tant plu était le fait d’une faute de frappe. « Jackson avait voulu écrire the last weekend [“le dernier week-end”], il s’était trompé et, bien entendu, l’éditeur avait préféré le titre tapé par erreur : The Lost Weekend [“le week-end perdu”]. Moi aussi. » Rien n’interdit de penser que l’ivresse (thème central de ce roman autobiographique) est à l’origine de cette miraculeuse coquille.

[…] Le Poison est l’histoire d’une convalescence ratée, d’un homme tétanisé à l’idée de sortir de son circuit d’alcoolique. Car la vie de Don s’égrène au rythme de ses allers et venues entre son appartement et le bar, entre le bar et son appartement, entre son appartement et le prêteur sur gages – Don a soif mais pas d’argent. C’est l’histoire d’une maladie que Wilder traduit d’abord à travers cette topographie bégayante. Un mouvement circulaire que figurent les cercles mouillés tracés sur le bar par les verres commandés par Don ; parfaite allégorie de l’alcoolisme.

Mais si le circuit évoque un éternel retour, l’ample mise en scène de Billy Wilder lui insuffle son mouvement. Par souci de véracité, le cinéaste tourne une grande partie du film dans des décors réels, parfois même sur le vif dans les rues de New York, quitte à braver la célébrité naissante de Ray Milland qui prête au héros ses allures de James Stewart chiffonné. A cette volonté de réalisme se mêle un désir de stylisation par l’usage du gros plan, qui traduit une réalité de plus en plus carcérale. Dans cette logique, l’espace du film se réduit inexorablement : dans l’incapacité de s’échapper de New York, Don finira coincé dans sa chambre et pris en otage dans son propre cerveau lors d’une impressionnante scène de delirium tremens. — Murielle Joudet, Le Monde

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