L’enfant d’en haut

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L’enfant d’en haut (France, 2012), un film de Ursula Meier avec Léa Seydoux, Kacey Mottet Klein et Martin Compston. Durée : 1h37. Sortie le 18 avril 2012, distribué par Diaphana.

Deuxième film d’Ursula Meier après Home que j’avais beaucoup aimé, L’enfant d’en haut est une fresque assez dérangeante, qui dépeint la vie de Léa Seydoux, fille-mère qui a l’air d’avoir 20 ans (mais est sensée en avoir autour de 30), et de son fils Simon, qui en a 12. La différence d’âge paraît si ténue que leur lien filial est caché au monde (ils prétendent constamment être frère et soeur) : la pirouette scénaristique marche assez mal, car il est difficile de trouver crédible un seul instant un tel différentiel. Lorsque la révélation intervient, dans la voiture qui semble symboliquement les emmener vers la stabilité rassurante du couple recomposé, elle tombe donc un peu à plat : trop attendue, elle n’apporte aucun « plus » à la relation entre les deux personnages. Au contraire elle en réduit le champ d’interprétation, puisque désormais tout ne sera que le rejet de la mère, que la violence qu’elle exprime à l’égard de son fils. Ce qui marche mieux en revanche, c’est le double tableau que dresse le film. D’abord celui d’une vie de misère, faite de vol et de rapine banalisés voire élevés au rang de travail à temps plein (Simon revient chez lui à heures fixes, tirant sa luge comme un ouvrier son outil de travail) dans le contexte glacé et affreusement artificiel des stations de ski (dont la blancheur offre un contrepoint saisissant à la laideur brune du champ et à la grisaille sale de la barre d’immeuble). Par ailleurs celui d’un déni complet, d’une impassibilité froide du monde à l’égard de Simon, rejeté par tous (y compris par la mère de substitution qu’il croit trouver en la personne d’une touriste anglaise fortunée).

Ce qui fait la dureté de L’enfant d’en haut c’est sa capacité à braquer le regard sur cet envers de la médaille, sur cette misère tant dénoncée mais encore si révoltante des travailleurs pauvres dans des environnements de luxe, condamnés à côtoyer au quotidien la richesse dans ce qu’elle a de plus ostensible et de plus médiocre. La futilité absolue du mode de vie des vacanciers à la montagne c’est précisément ce que prend en pleine tête ce gamin dont la vie de labeur est déjà celle d’un adulte, mais dont les efforts ne consacrent jamais la valeur : il ne sera que le voleur, celui qu’on peut insulter et voler à son tour quand il revend sa marchandise sous le manteau, celui que l’on méprise et rejette (successivement des cuisines, des toilettes, des restaurants, enfin de la station elle-même via le container à poubelles).

Meier confirme son talent dans la description des habitués du hors-champ, des marginaux en crise permanente ; pour le meilleur, elle s’ancre ici davantage dans la réalité, malgré certaines scènes un peu trop annoncées, ou sous-exploitées.

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