Les nouveaux chiens de garde

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Les nouveaux chiens de garde (France, 2012), un film documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat. Durée : 1h44. Sortie en France : 11 janvier 2011. Distribué par Epicentre.

« Ils n’avertissent pas. Ils ne dénoncent pas. Ils ne sont pas transformés. Ils ne sont pas retournés. L’écart entre leur pensée et l’univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alertés. (…) Ils restent du même côté de la barricade. Ils tiennent les mêmes assemblées, publient les mêmes livres. Tous ceux qui avaient la simplicité d’attendre leurs paroles commencent à se révolter, ou à rire » – Les chiens de garde, 1932.

Les mots de Paul Nizan étaient durs lors de la parution de son essai contre la classe bourgeoise et les partisans de l’ordre établis ; ils conservent aujourd’hui encore toute leur pertinence et leur force polémique lorsqu’appliqués au milieu des médias français. « Ils » ce sont les journalistes, les économistes, les penseurs auto-proclamés, ceux qui occupent l’espace médiatique et que Serge Halimi et sa bande ne ratent pas dans leur dernier film. De « nouveaux » chiens de garde qui ne le sont finalement pas tant que ça, car l’avènement d’une pluralité de nouveaux médias (TNT, web notamment) n’a fait que démultiplier leur temps d’antenne, accroître la demande de leurs interventions et ouvrir la voie au journalisme comme prestation ou numéro de communication : « au nom de la concurrence, chacun court pour copier l’autre ». Constitué exclusivement d’extraits vidéos ou sonores, volontairement provocateur et (à peine) caricatural, Les nouveaux chiens de garde instruit à charge le procès des contre-pouvoirs qui ont perdu en autonomie et en liberté de pensée ce qu’ils ont gagné en proximité avec les grands groupes industriels.

Le film s’inscrit dans la continuité du travail accompli par les magazines Pour Lire Pas Lu et Le Plan B (en son temps), par le site Acrimed.org et une petite communauté de sociologues critiques des médias. Sans nécessairement adhérer aux convictions politiques de ces derniers, il faut bien reconnaître que leur grande baffe donnée à la « caste » journalistique apporte une bouffée d’air frais au milieu. Car personne n’est épargné : depuis les classiques retourneurs de vestes ou journalistes sponsorisés (Nicolas Demorand, Laurent Joffrin et Jean-Pierre Elkabbach sont aux premières loges) jusqu’aux prophètes économiques auto-proclamés et jamais contredis (Alain Minc, Michel Godet, Daniel Cohen notamment) en passant par quelques moins attendus (Isabelle Giordano, vous ici ?), le mélange des genres apparaît toujours plus flagrant, et le bocal toujours plus étriqué. Un des intervenants résume : « l’économie n’explique pas tout, mais rien ne s’explique sans elle ».

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