Les secrets des autres

grief of others

The Grief of Others (2015, États-Unis), un film de Patrick Wang avec Wendy Moniz, Trevor St. John et Oona Laurence. Durée : 1h43. Sortie France : 26 août 2015. Produit par Vanishing Angle et distribué par Ed Distribution.

Encore un beau travail de sélection par ED et l’ACID. The Grief of Others est un très beau film sur le deuil dans une famille, qui dresse le portraits de personnages qu’une absence marque et empêche de vivre, les rendant étrangers à eux-mêmes. La mère a accouché d’un bébé qui n’a pas survécu à une malformation de la tête ; elle savait que cela arriverait bien avant l’accouchement, mais n’a rien dit, pas même à son mari. Lui, comme les enfants, se sent mis à l’écart ; dans le foyer le silence règne sur l’épisode, jusqu’à ce que la demi-soeur des enfants (la fille du père) ne vienne s’installer pour quelques jours. Sa joie simple, et en même temps le malheur qui semble la guetter à son tour (elle est enceinte) l’empêchent de communiquer avec sa famille éloignée, qui vit recroquevillée sur son propre malheur. La caméra de Patrick wang est d’une finesse et d’une sincérité bouleversantes, qui en quelques plans fixes – ici depuis un coin de table, là braqué sur un rétroviseur – laissent toute la place à la mélancolie des visages et des mouvements, à la simplicité des dialogues et du mouvements des corps. Le son est régulièrement amené en avance de l’image ; cette dernière est à son tour fondue dans l’image, parfois très longuement, comme dans les derniers plans.

Le Café des images, salle de ciné d’Hérouville, a ouvert tout récemment une revue en ligne en commençant par une interview de Patrick Wang en plusieurs articles. Ce dernier y parle notamment de la critique :

Critique est un métier, et je ne doute pas que ces gens soient plus efficaces que moi, ils s’entraînent. Il y a deux types de critiques et certains textes paraissent au moment des sorties, comme un mécanisme. Au moment de la sortie de In the Family, un critique de Chicago avait écrit un texte très court. Il avait beaucoup aimé le film mais n’avait que peu de place pour en parler. Nous sommes revenus à Chicago 6 mois plus tard pour une seconde projection. Cette personne était à nouveau dans la salle. Six mois plus tard après une deuxième projection, il a écrit un texte de 2000 mots complètement différent. Tout est une question d’emploi du temps et d’objectif. Beaucoup de la production écrite sur le cinéma découle directement d’un cycle de production industriel. Je pense que le temps de l’écriture ne peut s’inscrire dans ce schéma. Les individus sont soumis à une énorme machine. La pensée se trouve ainsi limitée par ce type de temporalité.

Il livre aussi un journal de tournage :

Lorsqu’on conçoit des décors, on vise un certain réalisme dans l’accumulation des détails. Mais quand le tournage commence pour de bon, je me retrouve souvent à alléger le plateau. Je me ballade dans le décor et je me contente de retirer des objets. Parfois c’est pour renforcer une composition, car des objets peuvent facilement briser une ligne de force. Par ailleurs un niveau réaliste de détails a tendance à mettre acteur et décor sur un pied d’égalité, or je préfère que la balance penche un peu du côté des acteurs. Et j’ai le sentiment que les possibilités dramatiques sont plus grandes lorsqu’il n’y a pas trop de choses qui traînent partout. Mais quant à savoir ce qu’il faut retirer exactement, aucune vision d’aucune sorte ne vous le dira. Il faut se perdre dans la scène et apprendre à la voir.

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