Lupino

Lupino

Lupino (France, 2014), un film documentaire de François Farellacci et Laura Lamanda. Durée : 49mn. Produit par Stanley White.

Moyen métrage présenté dans le cadre d’une carte blanche du Festival Indépendant de Bordeaux (FIFIB) à Stanley White, un collectif de cinéastes corses créé en 2012 et composé de Jean-Etienne Brat, Ugo Casabianca, Yannick Casanova, Fabien Danesi, Frédéric Farrucci, Thierry de Peretti (réalisateur du très bon Les Apaches sorti en 2013) et, donc, François Farellacci. Le nom du collectif est une référence à un personnage de flic hyper-violent dans L’année du dragon (1985) de Cimino ; le groupe a un commun un cinéma ancré sur un territoire, et l’envie d’en montrer des facettes inexplorées. Le film a au départ une profonde ambition documentaire (il est d’ailleurs passé à Vision du Réel), mais aussi une volonté de restituer la poésie des espaces périphériques des grandes villes, à la manière de ce que fait par exemple Virgil Vernier dans Mercuriales et Orléans, Jean-Charles Hue avec Mange tes morts ou, comme le disait le représentant du festival, Tant qu’il nous reste des fusils à pompe de Caroline Poggi et Jonathan Vinel – film qui traite des mêmes sujets mais avec un air de Gus Van Sant mal digéré à la sauce Femis très pénible, que le collectif avait d’ailleurs eu un temps le projet de produire.

Lupino est le nom d’un quartier de Bastia, à la frontière entre le centre ville et la montagne ; ancien lieu de transhumance, il a fait l’objet de plans de construction intenses dans les années 60, et ses grandes barres d’immeubles n’attendent que d’être définitivement converties en banlieues dortoir. C’est dans cet espace en transition, mais déjà voué à la relégation de ses habitants, que Farellacci propose de suivre un groupe de jeunes désoeuvrées dans leurs pérégrinations en bus ou à pied. Tourné en un été, le film réalise le tour de force de détacher les jeunes du regard de la caméra et de ne pas être prisonnier de leur envie d’être enfin vus et montrés. L’enjeu de la réputation dans le quartier a joué beaucoup dans cette authenticité : les acteurs ont en effet précisé avant le tournage que le film ne devrait jamais être diffusé dans la ville même.

Lupino a évidemment beaucoup en commun avec Les Apaches, même si sa volonté de « mythifier » un territoire est moins forte. Certains passages ne s’empêchent cependant pas de se détacher de leur ambition purement documentaire : une scène saisissante montre notamment un jeune qui danse sur Envole-moi de Goldman, comme une chorégraphie prévue à l’avance mais pourtant très sincère, offerte au regard du spectateur. Une autre montre un feu de bois fascinant fait par les habitants du quartier avec quelques planches qui traînent pour les feux de la Saint Jean ; une autre encore voit un jeune faire défiler sur son portable des images du squat qu’il a construit avec ses potes, interrompues plusieurs fois par les appels qu’il reçoit. L’ensemble donne le sentiment que cette matière brute est à elle seule suffisamment féconde et remarquable pour ne pas avoir besoin des ressorts de la fiction pour décoller.

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