Mean Streets

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Mean Streets (États-Unis, 1973), un film de Martin Scorsese avec Robert de Niro, Harvey Keitel et David Proval. Durée : 1h50. Sortie France : 12 mai 1976. Produit par Scorsese Productions et distribué par Mission.

Un des premiers films de Scorsese, et un vrai chef d’oeuvre. Mean Streets est un condensé parfait du style du réalisateur, une oeuvre coup de poing. Scorsese a 30 ans, et son film est déjà un deuxième hommage à New-York (après Who’s That Knocking at my Door), dont il n’aime dénoncer la perversion et les errements qu’avec une bonne dose de compassion (« On ne rachète pas ses fautes à l’église, mais dans la rue », explique la voix off dès la première minute). Le rythme du film est posé dès la séquence d’ouverture, qui est un bijou d’énergie, puis celle du bar où De Niro fait son entrée fracassante. Les personnages de Mean Streets ne sont pourtant pas des gagnants, ni des patrons de la mafia : ce sont des jeunes paumés du quartier italien de New-York, des apprentis qui ne savent pas se contrôler, et qui vivent au jour le jour d’arnaques minables. Leur vie se passe dans des bars, dans des restaurants, et surtout dans la rue. On suit Harvey Keitel, catholique fervent qui doit composer avec son amour impossible pour sa cousine, et De Niro, son ami surendetté qui ne peut plus mettre les pieds nulle part dans Little Italy sans se faire menacer.

La musique du film va dans tous les sens, passe par des morceaux devenus d’énormes classiques du rock (une sacré époque pour faire une BO) à des chansons traditionnelles italiennes pour accompagner les scènes de bagarre, qui oscillent toujours entre comique bienveillant et violence déchaînée. Dans une séquence en particulier, le groupe passe d’un verre partagé à une baston en règle, puis retourne boire au bar après que les flics soient intervenus, avant de s’y remettre au hasard d’une réplique trop cinglante. Le règlement de compte de la fin enfonce le clou en dénonçant une violence pernicieuse, qui imprègne les rapports au point de pouvoir survenir avec une démesure complète, à tout moment.

La grande souplesse dans les plans laisse toute leur place aux acteurs, dont l’hystérie est le vrai sujet du film : De Niro ultra-nerveux et railleur fait un contrepoint splendide au personnage d’Harvey Keitel qui reste engoncé dans ses principes et ses contradictions (le même Keitel qui jouera un mélange détonnant de ces deux rôles dans Bad Lieutenant). La manière de filmer De Niro n’est pas sans rappeler Cassavetes, et prend beaucoup de liberté, notamment quand la caméra braquée sur son visage retrace sa déambulation alcoolisée dans le bar.

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