Mercuriales

mercuriales

Mercuriales (France, 2014), un film de Virgil Vernier avec Philippine Stindel, Ana Neborac et Jad Solesme. Durée : 1h48. Sortie France : 26 novembre 2014, produit par Kazak et distribué par Shellac.

Les « Mercuriales » c’est deux tours à Bagnolet, construites dans les années 70, qui dominent aujourd’hui encore le périph parisien de toute leur laideur écrasante et solitaire. « Ces tours faisaient partie d’un vaste projet de quartier d’affaires de l’Est Parisien conçu pour équilibrer à l’Ouest le quartier de La Défense. Ce projet est interrompu par le premier choc pétrolier, laissant les tours isolées sur l’échangeur de l’autoroute A3 », même la description Wikipédia est un peu triste. C’est entre ces deux monolithes morts, abandonnés, qu’on commence à suivre les trajectoires de deux filles solitaires qui vont se trouver et progressivement se mettre à vivre ensemble, comme deux soeurs.

La construction du récit est très libre, et le montage se permet à plusieurs reprises de développer des histoires annexes, comme le parcours sur lequel s’ouvre le film d’un mec qui travaille dans la sécurité des tours et qu’on verra ensuite en gardien de supermarché, puis en patrouille dans une gare avec l’armée. Virgil Vernier le décrira après la séance comme un coryphée moderne, dont le parcours un peu aléatoire fait écho à celui des jeunes filles. Ana Neborac et Philippine Stindel sont elles aussi à la dérive, dans un univers chaotique. La première vient de Moldavie, ne connaît personne en France et se projette régulièrement dans des histoires de chamanisme, de rituels religieux et d’incantations ; Vernier entrecoupe dans le récit des séries d’images, des scènes d’archives sorties d’on ne sait où qui renforcent ce mélange entre modernité glacée et attachement primitif à la spiritualité. La deuxième essaye de faire de la danse mais ne prend pas de cours, et bosse comme hôtesse d’accueil dans une des tours. Elles évoluent dans un univers où la religion semble omniprésente, entre les noms de dieux grecs que portent les étages, la discussion en soirée avec un musulman converti, ou encore la petite fille de leur amie qui leur parle de sa vision du paradis. Mais elle ne sert que de dérivatif à la solitude de gens livrés à eux-mêmes, abandonnés de la modernité, et les deux femmes lui substituent une forme de consolation trouvée dans la présence de l’autre.

L’image est tournée en 16mm, ce qui donne un grain un peu désuet et une esthétique de vidéo d’archive ; la musique envoûtante de James Ferraro la complète très bien et donne au film un côté rétro-futuriste, que posent les premier et dernier plan (un panneau de contrôle qui clignote, une destruction d’immeuble, tous les deux plongées dans la nuit noire).

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