Mes séances de lutte

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Mes séances de lutte (France, 2013), un film de Jacques Doillon, avec Sara Forestier, James Thiérrée et Louise Szpindel. Durée : 1h43. Sortie en France : 6 novembre 2013. Distribué par Doillon et compagnie.

Quelque part en France, dans une maison, une femme (Sara Forestier) et un homme (James Thiérrée, qui est chorégraphe avant d’être acteur) se retrouvent régulièrement pour évoquer la relation qu’ils n’ont jamais osé avoir. Petit à petit leur dialogue s’aiguise et se fait plus dur, ils se provoquent mutuellement, dénoncent leur désir réciproque trop évident, et se reprochent de ne pas savoir mener comme il le faudrait la passion qu’ils devraient être déjà en train de vivre. Cette première partie est assez longue, et le jeu met beaucoup de temps à se mettre en place : c’est d’abord la relation même que l’on ne comprend pas, qui à peine naissante s’encombre déjà de dialogues très introspectifs, prétentieux et surfaits. C’est ensuite le fait qu’elle obstrue complètement la narration, et ne laisse la place à rien d’autre. À la manière de Pater, Mes séances de lutte est un film qui ne s’embarrasse d’aucun artifice de mise en scène : il y a les deux acteurs et seulement eux (un troisième rôle assez insignifiant ne fait que donner la réplique), jouant presque leur propre rôle (le personnage de Sara Forestier est une actrice), et c’est sensé suffire à faire tenir la fiction debout, ou on suppose à sonner les dialogues plus vrai.

Or le caractère du personnage de Forestier, torturé par des relations familiales tendues et le deuil de son père, va un peu dans tous les sens et fait tourner la confrontation verbale à vide. Très vite donc, comme pour meubler, on en vient aux mains. Là arrivent plusieurs bonnes scènes dont la chorégraphie est assez bien orchestrée, qui voient les deux amants en devenir se bagarrer, rouler par terre, se lancer contre les murs, se monter dessus. L’idée marche bien au départ, en partie grâce au contraste saisissant entre le corps presque adolescent de Sarah Forestier et la carrure bien plus épaisse de son partenaire, qui peut du coup la porter à bout de bras et l’entraîner dans des figures techniques. Pourtant assez vite on se lasse du petit jeu, d’abord parce que la mise en scène est très répétitive (les « séances » promises se changent vite en calvaire et se ressemblent toutes), ensuite parce qu’elle n’est pas à la hauteur des mots : quand vers la fin du film ils en sont à se décrire des paroxysmes d’amour physique après s’être psychanalysé une heure et demie durant, pour finir par se rouler vaguement dans la boue pendant quelques minutes, on a envie de dire : tout ça pour ça.

Un film intellectualisant, qui se laisse regarder mais qui ne tient pas la distance.

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