Minnie et Moskowitz

Minnie-and-Moskowitz

Minnie and Moskowitz (États-Unis, 1971), un film de John Cassavetes avec Gena Rowlands, Seymour Cassel et Val Avery. Durée : 1h54. Reprise France : 5 novembre 2014. Produit par Universal Pictures et distribué par Mission.

Un dernier Cassavetes avant la nuit qui lui est dédiée au Champo. Minnie et Moskowitz met face à face ses deux compagnons fidèles : Gena Rowlands et Seymour Cassel, ce dernier étant tout particulièrement moustachu pour l’occasion. L’un est gardien de parking, l’autre gardienne de musée. Tous les deux sont paumés : Minnie est amoureuse d’un homme marié qui finit par la plaquer quand sa femme découvre le pot aux roses et tente de se suicider ; Moskowitz voyage aux frais de sa pauvre mère retraitée, mais fait toujours le même boulot minable. Leurs destins finissent par se croiser par hasard, quand un date raté tourne à la bagarre sur le parking d’un restaurant. À partir de là l’optimisme énergique de Moskowitz aura pour seul objet de s’attirer l’amour de cette femme énigmatique et fuyante.

Rowlands est impeccable, dans un rôle taillé pour elle de grande nerveuse, de femme fatale et dépressive. La scène où elle se confie à Moskowitz sur son incapacité à s’ouvrir aux autres, à être heureuse, est magnifique de justesse. D’autres sont moins directement tragiques, mais dans leur étirement et leur rythme toujours à mi-chemin entre l’écrit et l’improvisé passent des répliques incroyables : le moment où le duo qu’elle forme avec son amie, vieille fille, siffle une bouteille de vin en ressassant sur le cinéma ;  celui où Cassel en crise se coupe la moustache en lui répétant qu’il l’aime ; enfin la scène où l’inconnu que lui présente son amie monologue au restaurant et s’enfonce tout seul. Tous ces passages présentent le style de Cassavetes dans ce qu’il a de plus pur et de plus efficace : une caméra qui tourne très longtemps avec un cadre rivé sur les visages, un dialogue porté aux limites de son intensité par un jeu explosif. Minnie et Moskowitz marque aussi une incursion du côté de la comédie, où Cassavetes se débrouille plutôt bien même si le ton est très noir dans certains passages (la violence masculine est très présente). La conclusion surprenante, sur un bonheur de carte postale avec pleins de bambins, filmée en caméra amateur, reprend les clichés du bonheur consumériste américain sans s’en moquer. Son héros est heureux dans la simplicité d’une existence où il ne questionne rien, c’est même la condition de son bonheur : que sa mère le décrive comme un imbécile ou que Minnie rêve d’Humphrey Bogart, c’est un moment rare dans le cinéma de Cassavetes que de voir une communauté humaine qui ne soit pas complètement morcelée.

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