Miss Bala

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Miss Bala (Mexique, 2012), un film de Gerardo Naranjo avec Stephanie Sigman, Noe Hernandez et James Russo. Durée : 1h53. Sortie le 2 mai 2012, distribué par Ad Vitam.

Miss Bala passe comme un éclair, un bref moment de violence brute et rendue ordinaire, banalisée, qui s’incarne dans la simplicité déconcertante des enlèvements, des meurtres à la chaîne, dans l’enchaînement discret et lisse des scènes de fusillade. « Lau » (pour Laura), venue de Tijuana, voit son quotidien soudain envahi, absorbé par une équipe de trafiquants dont le chef s’est entiché d’elle. Elle va les suivre et obéir, se plier à la menace, aller jusqu’au bout – mais toujours frémissante d’horreur et révulsée de dégoût, le vomi au bord des lèvres. Il est assez fascinant de la voir évoluer, longiligne et pomponnée comme toute « Miss » qui se respecte, avec son attirail ridicule de fards et de dentelle, au milieu des dealers et des militaires véreux, ou faisant face à un cadavre pendu de traître vendue à la DEA. Le scénario ne donne pas de prise à une lecture distanciée et cohérente, simplement parce qu’il n’y a pas de logique discernable, ou du moins pas d’autre que celle de l’encadrement permanent imposé à l’héroïne. Mais dans le Mexique mafieux qui est décrit, la fuite même n’est pas possible, car la gangrène est partout : elle est le flic vendu qui l’amène chez ses ravisseurs, les cohortes de 4×4 au vitres teintées, la haine d’une armée sur les dents qui la place devant les projecteurs et l’exhibe comme le symbole dérisoire de sa vengeance.

La réussite du film réside donc dans cette construction d’une parenthèse très courte (quelques jours à peine) qui brise un être, foule aux pieds sa dignité et le laisse exténué, poing liés, au bord de la route dans une scène finale qui ne ferme aucun cycle, ne débouche sur rien.

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