Mommy

mommy

Mommy (Canada, 2014), un film de Xavier Dolan avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval et Suzanne Clément. Durée : 2h18. Sortie France : 8 octobre 2014. Produit par Metafilms et distribué par MK2 et Diaphana.

Mommy marque assurément un aboutissement dans l’oeuvre de Xavier Dolan. J’ai toujours été partagé face à ses films entre la séduction qu’ils mettent en oeuvre (sa manière très spontanée et libre d’écrire les dialogue, l’amour qu’il porte à ses personnages) et ses tics un peu fatigants à la longue (les ralentis avec de la pop à fond, la fascination pour les beaux gosses blonds et les filles hystériques, les couleurs éclatantes). Dans une interview accordée aux Inrocks, il décrit d’ailleurs lui-même par le menu les éléments centraux de ses films et de sa méthode :

Disons que dans le corpus de cinq films qui existe actuellement, il y a un élément qui revient toujours : la figure maternelle en position de révolte. En révolte par rapport à la société, à son entourage, au rôle de mère qu’on lui a imposé… C’est un motif auquel je suis sensible, parce que je pense que je fais des films pour me venger, pour venger les gens que j’aime, donc ma mère. Ensuite, il y a l’idée d’un amour impossible qui traverse chacun de mes films, d’un amour qu’on pourchasse, qu’on persécute, jusqu’au “non” définitif. Il y a aussi les ralentis, les scènes de crise – ça, je ne peux pas m’en empêcher – et surtout la musique, qui joue un rôle fondamental.

Mommy porte cette mécanique bien huilée à son paroxysme, et Dolan le fait en cessant enfin de courir après des références et après la reconnaissance de son oeuvre par la critique et le cinéma français. Même si son discours à Cannes (par ailleurs lourdingue et très américain) semble dire le contraire, je pense qu’il s’en est servi pour marquer le coup, dépasser son image de gamin qui veut de l’attention et passer enfin à autre chose, en l’occurrence à ce qu’il présente comme l’affirmation d’un cinéma populaire.

Oui, j’ai envie de populaire, et je crois que Mommy va très nettement dans ce sens. C’est un film qui respecte un schéma narratif très conventionnel, très américain, on pourrait dire d’ailleurs que c’est un film sur le rêve américain. J’ai voulu qu’il y ait de grands élans populaires, voire mercantiles, avec des séquences qui sont conçues pour plaire, pour émouvoir, pour donner de l’espoir, pour animer des foules. Je ne dis pas que c’est un film manipulateur, mais il a été pensé d’une certaine manière. Pas une manière cinéphilique, mais une manière populaire, pop. Il y a bien sûr des restes du cinéphile qui est en moi, et qui ne peut pas s’empêcher certains réflexes, certains tics, qui baignent peut-être le film dans une eau plus cérébrale. Mais je crois que c’est mon film le plus évident, le plus simple et efficace.

Il y revient quand il cite les films qui l’ont marqué : Titanic, Batman, Jumanji… on pensera aussi à Maman j’ai raté l’avion, dont il reprend au moins deux scènes dans Mommy (celle de l’après-rasage, et celle des sacs de course qui se déchirent au milieu du trottoir). Le projet d’un cinéma populaire, « voire mercantile » peut faire craindre le pire, mais Dolan montre ici au contraire qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il aime ses acteurs et son public : des scènes comme celle (fantasmée) du mariage du fils, sorte d’immense vague d’amour qui intervient après deux heures de crises qui s’enchaînent sans interruption, sont réussies et émouvantes parce qu’elles ne prennent pas de gants et se lancent sans fard dans une opération séduction. Dolan fait du Dolan pendant 2h, et ça marche très bien ; la seule chose à craindre c’est que son cinéma ne tourne déjà en boucle. Mais un réalisateur qui à 25 ans a déjà conscience de ce que son oeuvre a de routinier, et parvient à le formuler clairement, a peut-être une chance de le transcender dans ses futurs films.

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