Nana

nana

Nana (France, 2012), un film de Valérie Massadian avec Kelyna Lecomte, Alain Sabras et Marie Delmas. Durée : 1h08. Sortie le 11 avril 2012, distribué par Epicentre.

À mi-chemin entre le documentaire façon Être et avoir et le conte enfantin un peu barré, Nana met en scène une petite fille qui évolue dans une ruralité étrange, rétrograde et laissée en friche. Sa mère est un personnage complètement absent, qui ne la regarde qu’avec indifférence, et finit par s’effacer complètement. Est-ce métaphorique ? elle réapparaît à intervalles réguliers, comme en songe, dans des scènes de mémoires ou de deuil dénuées de tout commentaire, de tout dialogue. Son abandon donne lieu à une vie autonome, où l’enfant se construit un monde propre en l’absence totale d’adulte, et où chacun de ses gestes devient comme un rappel de ce qui devrait être fait par l’adulte : alimenter le feu, ramasser le lapin mort – qui deviendra une éphémère poupée macabre, avant d’être jeté à son tour dans les flammes -, lire les histoires le soir, aider à l’habillement…

Par conséquent c’est une nouvelle quotidienneté qui se met en place, calquée sur celle qu’accompagnait la présence de l’adulte mais transfigurée par la maladresse et l’imprécision des gestes enfantins, par ce que le babillage peut laisser transparaître spontanément (ce que l’on devine être les insultes et engueulades des parents) ou par une façon de se fondre complètement dans une nature omniprésente, de n’y être plus que la présence singulière et mouvante d’un animal. Y contribue l’absence apparente de caractère de la petite fille, dénuée d’émotions – ou plutôt réduite à un optimisme inconscient propre à l’enfance, jusque dans la manière de ne pas accueillir le retour d’une présence humaine après plusieurs jours de vide – vide auquel fait écho l’absence de bande son.

En parallèle de ce parcours étrange s’intercalent des scènes plus dures de la vie rurale, axées sur l’élevage de cochons – de l’arrachage de dents à la truie nourricière encastrée dans des barrières en métal, en passant par l’abattage en règle (ouverture du film) -, et dont la finalité est assez obscure : violence future d’un milieu qui sera à terme celui de Nana, mais qui a déjà marqué son enfance de manière irrémédiable ? Cadre familial étranger et inflexible vers lequel elle doit fatalement s’orienter après son escapade ? Difficile de trancher sur un film fait de non-dit et de silences, parfois excessivement tourné vers le documentaire, au prix d’une certaine confusion dans le propos.

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