Near Death Experience

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Near Death Experience (France, 2014), un film de Gustave Kervern et Benoît Delépine avec Michel Houellebecq, Marius Bertram et Benoît Delépine. Durée : 1h27. Sortie France : 10 septembre 2014, distribué par Ad Vitam.

Je voulais voir son Enlèvement avant celui-là, mais la peur de le rater en salle a été plus forte. Les apparitions de Houellebecq dans les médias se sont faites rares depuis sa surexposition au moment du prix Goncourt ; il réapparaît ici encore plus détruit physiquement par l’alcool et la cigarette. Dans un entretien accordé au Monde avec l’équipe du film, on évoque son travail sur le scénario et il déclare : « j’ai un problème de dentier. Il ne tient pas ». Et c’est vrai que c’est maintenant tout le bas de son visage qui s’est complètement affaissé, au point que les cigarettes tiennent à peine entre ses lèvres. Le personnage qu’il incarne est trop proche de la réalité pour ne pas sonner vrai à chaque réplique ; complètement réduit à la dépression, il contemple avec désespoir les formes grimaçantes et grotesques de la modernité qu’il travaille dans ses romans (le journal de 13h, la famille anonyme qui l’entoure, un travail assommant de bêtise). L’univers intérieur dans lequel il évolue est complètement creux, et tout concours dans le film à transmettre son immense lassitude : l’image est complètement sale et baveuse (le film est tourné avec un vieux camescope amateur), les plans désespérément fixes et mutiques, qui s’attardent sur son physique de crevette. Restent des bouts du monologue intérieur très drôles, disséminées au gré des mésaventures de cet anti-héros en tee-shirt Bic, parti seul en montagne et qui ne parvient pas à en finir avec la vie. La patte de Benoît Delépine, réalisateur génial (qui a aussi fait l’excellent Aaltra et Le grand soir, et qui écrit ici les textes) se mêle parfaitement au style de Houellebecq. Le film est court et ponctué de quelques morceaux, dont le Winterreise de Schubert et un morceau de Black Sabbath sur lequel il danse comme un dingue.

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