Nuits blanches sur la jetée

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Nuit noire sur la jetée (France, 2014), un film de Paul Vecchiali avec Astrid Adverbe, Pascal Cervo et Geneviève Montaigu. Durée : 1h34. Sortie France : 28 janvier 2015. Produit par Dialectik et distribué par Shellac.

Vecchiali débarque à Paris pour une grande rétrospective organisée par Shellac et intitulée « Paul Vecchiali, le franc-tireur du cinéma », qui durera apparemment jusqu’en juillet. Nuit noire sur la jetée est assez intriguant. C’est toujours un peu bizarre de voir des textes de Dostoïevski portés à l’écran : ses textes sont toujours d’un grande justesse mais le ton est trop grandiloquent. Résultat il est souvent lu comme ici, c’est-à-dire avec un ton concentré et un air de bon élève qui laissent un peu de marbre et donnent au contraire envie de le voir dit par des acteurs débordant de vie, hors-norme, pas par le duo de dépressifs immobiles qu’a choisi Vecchiali. Heureusement les choses s’améliorent sensiblement à mesure que le dialogue avance ; on assiste à la rencontre d’un homme et une femme, Natacha et Fédor, sur la jetée du port de Sainte-Maxime. Fédor sauve Natacha de l’agression d’un vieux satyre (terriblement mal joué par Vecchiali lui-même), ce qui lui vaut d’engager une conversation qui les mène jusqu’à l’aube. D’un jour sur l’autre ils se revoient, le décor ne change jamais, les plans ne sont qu’entrecoupés de courtes parenthèses en plan fixe sur l’agitation de la ville. Le film est tourné d’après Le Monde « avec un appareil photo numérique et un iPhone pour les rares séquences diurnes », ce qui n’empêche pas la photographie d’être très belle.  La jetée est composée comme les planches d’un théâtre et toutes les lumières sont artificielles, que ce soit un projecteur, la lueur bleutée du phare tout proche ou les lueurs de la ville derrière eux.

Natacha est dans l’attente, elle espère la venue de l’homme de sa vie ; Fédor lui n’attend rien ni personne, il se présente au début du film comme un misanthrope incurable. Ça ne l’empêche pas de tomber amoureux de Natacha ni finalement de la laisser le mener par le bout du nez, au point qu’il va faire pour elle les démarches qui pourraient lui faire retrouver l’homme de sa vie. Un moment marque le vrai basculement du film : la scène où Natacha se lance dans une petite danse improvisée, sur une musique composée pour le film, où elle célèbre sa joie de la rencontre avec Fédor. Moment de grâce très réussi qui fait que les dialogues marchent beaucoup mieux ensuite, au moment même où l’ingénuité des deux jeunes gens les fait tomber dans le méta-discours amoureux. Décidés à ne pas souffrir inutilement, ni à se faire souffrir, ils « prennent du recul » et décrivent la situation avec détachement pour essayer de s’en extirper. Natacha exprime son désir impossible de dépasser son premier amour, tout semble se résoudre, mais la fin apporte une chute brutale et la fermeture du conte sur lui-même, comme une parenthèse trop belle pour être vraie.

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