Old Boy

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Old Boy (Corée, 2003), un film de Park Chan-Wook avec Choi Min-sik, Yu Ji-tae et Kang Hye-Jeong. Durée : 1h59. Sortie France : 29 septembre 2004. Produit par Dong-Joo Kim et distribué par Bac Films.

Old Boy, très librement adapté d’un manga japonais, doit autant à Sophocle qu’à Kafka. Au premier, il emprunte les rouages de tragédie grecque, les figures, les enjeux et l’ampleur dramatique. Oh Dae-soo (interprété par un fabuleux Choi Min-sik) prend le relais de Song Kang-ho dans la peau du héros tragique, et bouscule l’ordre sacré pour se confronter à son Dieu haut perché, au sommet de la métropole. Le décor du théâtre hellène et coréen est constitué de transgressions sexuelles, de destins scellés dans un paquet cadeau où le fatum est entouré d’un beau ruban pourpre, ou encore d’une confrontation entre deux hommes qui se détruisent comme il s’opposent, se haïssent comme ils se ressemblent. Au second, Park Chan-wook dérobe les narrations paranoïaques et énigmatiques (un homme se réveille enfermé dans un appartement et y restera pendant quinze ans), ainsi que les symboles, les hallucinations grouillantes et l’humour absurde (insectes qui se répandent sur un corps en transe ou monstre du métro). Tout un imaginaire et un bagage culturel hybride que Park Chan-wook synthétise par sa patte visuelle. Cadavres d’enfants brûlés ou tendons tranchés, langue bien pendue et dents perdues, le cinéma du Coréen turbulent ne s’embarrasse guère de dentelles pour distribuer ses images à coups de pelle. Une image dont le pouvoir-vampire coule sur tous les murs de l’appartement exigu dans lequel Oh Dae-soo est enfermé, d’un tableau aux contours changeants à un écran de télévision qui avale ses spectateurs. « La télévision est à la fois votre horloge et votre calendrier. Votre école, votre maison, votre église, votre ami, votre amant ». La fenêtre religieuse du cagibi donne sur un accident au pont de l’Alma, sur les victoires de l’équipe coréenne de football, ou sur la destruction des Twin Towers. D’une lucarne servant de robinet à images fascinantes, Park Chan-wook élargit son champ de vision au long-métrage entier, au pur film de cinéma doté d’un sens esthétique aigu où chaque plan semble avoir été sur-fignolé à la façon d’une furieuse chorégraphie. Old Boy enfile alors les figures périlleuses, les situations improbables ou performances kinétiques et cinégéniques. On pense aux acrobaties dans le vide qui ouvrent et ferment le film. Ou à ce marteau dont la trajectoire est littéralement dessinée par une diagonale qui tranche l’écran en deux. Ou encore cette stupéfiante séquence de beat’em up, baston-ballet comme principal morceau de bravoure visuelle du long-métrage. Et Park Chan-wook de rejoindre, en quelque sorte, l’univers purement cinématographique d’un Tarantino, peut-être moins référencé mais partageant une même jouissance du plan. — Nicolas Bardot, Film de Culte

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