Le Port de la drogue

Pickup on South Street (États-Unis, 1952), un film de Samuel Fuller avec Richard Widmark, Jean Peters et Thelma Ritter. Durée : 1h20. Reprise France : 7 mars 2012. Produit par 20th Century Fox et distribué par Théâtre du Temple.

Dans une rame du métro new-yorkais, Skip McCoy (Richard Widmark) subtilise le portefeuille de Candy (Jean Peters), une jolie fille qui transportait à son insu un microfilm contenant les plans d’une arme secrète américaine. Or, soupçonnée de faire partie d’une bande d’agents communistes, Candy était déjà filée par le F.B.I. Le capitaine Tiger (Murvin Vye), témoin du vol, se lance sur la piste du pickpocket alors que Candy va rendre compte à son amant Joey (Richard Kiley) qu’elle s’est fait escamoter « ‘la marchandise » qu’elle devait lui apporter. Il lui ordonne alors d’entrer en contact avec Moe (Thelma Ritter), une vieille indicatrice qui connaît bien la pègre new-yorkaise et qui pourrait certainement lui faire retrouver son voleur. Candy et Tiger, par des chemins différents, retrouvent McCoy, mais ce dernier, flairant la valeur des documents qu’il a en sa possession, est bien décidé à les vendre au plus offrant. Après l’échec de la jeune femme pour récupérer son bien, Joey est sommé par l’un des grands chefs de « l’organisation » de récupérer le microfilm coûte que coûte. Il retrouve à son tour la piste de McCoy, non sans avoir semé la mort autour de lui. Candy, qui entre-temps s’est éprise de Skip, avertit ce dernier du danger qui le guette. Skip et Joey finissent pourtant par se trouver face à face pour un affrontement extrêmement violent… — DVD Classik

Modèle du film noir, avec une violence très présente et une mise en scène sèche, au service d’un discours anti communiste assez primaire (lors de la sortie française, le distributeur changera d’ailleurs quelques lignes de dialogues pour changer les communistes en dealers et expurger le film se son contenu politique).

Le Poison

The Lost Weekend (États-Unis, 1945), un film de Billy Wilder avec Ray Milland, Jane Wyman et Phillip Terry. Durée : 1h40. Reprise France : 10 janvier 2018. Produit par Paramount et distribué par Swashbuckler Films.

Difficile d’évoquer Le Poison (1945), de Billy Wilder, sans rappeler la beauté dépressive de son titre original : The Lost Weekend. C’est d’ailleurs ce titre, initialement celui d’un best-seller de Charles R. Jackson qui, dans un kiosque à journaux, accrocha l’attention du cinéaste.

Billy Wilder raconte dans ses Mémoires (Et tout le reste est folie, avec Helmuth Karasek, Robert Laffont, 1993) une anecdote à ce propos : il apprit tardivement que cette formule qui lui avait tant plu était le fait d’une faute de frappe. « Jackson avait voulu écrire the last weekend [“le dernier week-end”], il s’était trompé et, bien entendu, l’éditeur avait préféré le titre tapé par erreur : The Lost Weekend [“le week-end perdu”]. Moi aussi. » Rien n’interdit de penser que l’ivresse (thème central de ce roman autobiographique) est à l’origine de cette miraculeuse coquille.

[…] Le Poison est l’histoire d’une convalescence ratée, d’un homme tétanisé à l’idée de sortir de son circuit d’alcoolique. Car la vie de Don s’égrène au rythme de ses allers et venues entre son appartement et le bar, entre le bar et son appartement, entre son appartement et le prêteur sur gages – Don a soif mais pas d’argent. C’est l’histoire d’une maladie que Wilder traduit d’abord à travers cette topographie bégayante. Un mouvement circulaire que figurent les cercles mouillés tracés sur le bar par les verres commandés par Don ; parfaite allégorie de l’alcoolisme.

Mais si le circuit évoque un éternel retour, l’ample mise en scène de Billy Wilder lui insuffle son mouvement. Par souci de véracité, le cinéaste tourne une grande partie du film dans des décors réels, parfois même sur le vif dans les rues de New York, quitte à braver la célébrité naissante de Ray Milland qui prête au héros ses allures de James Stewart chiffonné. A cette volonté de réalisme se mêle un désir de stylisation par l’usage du gros plan, qui traduit une réalité de plus en plus carcérale. Dans cette logique, l’espace du film se réduit inexorablement : dans l’incapacité de s’échapper de New York, Don finira coincé dans sa chambre et pris en otage dans son propre cerveau lors d’une impressionnante scène de delirium tremens. — Murielle Joudet, Le Monde

Seule sur la plage la nuit

Bamui haebyun-eoseo honja (Corée du sud, 2017), un film de Hong Sang-Soo avec Min-Hee Kim, Young-hwa Seo et Hae-hyo Kwon. Durée : 1h41. Sortie France : 10 janvier 2018. Produit par Jeonwonsa Film Co. et distribué par Capricci.

Dans les détours et les trébuchements des échanges se laisse deviner un arrière-plan plus grave : un vent de scandale et d’adultère qui entoure la jeune femme esseulée et jette le discrédit sur sa relation agonisante. Son congé se révèle peu à peu pour ce qu’il est : une fuite, un exil, une relégation dont sourdent la solitude et l’opprobre. Seule sur la plage la nuit s’avance ainsi comme un film de coulisses et d’à-côtés, déserté par un drame qui semble avoir eu lieu en un autre temps et en un autre endroit, laissant place à la douleur et surtout à son lent cheminement pour se faire jour. Tout, dans l’errance de Yeong-hui, se présente alors selon deux facettes infiniment réversibles : la surface simple, excessivement banale, des choses et, derrière elles, les gouffres de mélancolie, d’attente, d’amertume, d’incertitude, qu’elles recouvrent. Suprême indétermination du cinéma d’Hong Sang-soo, qui fait de l’anodin le trajet le plus sûr vers les plus profonds, parfois les plus rugueux, sentiments humains.

Le plus surprenant étant la façon dont le rêve (l’inconscient ?) s’invite ici, sous la forme d’un « homme en noir » surgissant plusieurs fois au-devant de Yeong-hui, pour commettre des actes incongrus (laver les carreaux, enlever l’héroïne comme un baluchon) ; silhouette venue trouer le récit comme un retour halluciné de l’homme qui manque. C’est ainsi que l’émotion se loge dans les recoins les plus inattendus des films d’Hong Sang-soo. Notamment dans ces quelques scènes gratuites, où Yeong-hui s’abandonne tout entière à des « actes de grâce » : prier avant de traverser un pont ou fredonner une ritournelle in extenso lors d’une pause cigarette, toutes choses qui ne servent à rien (au regard de la dramaturgie), mais qui tiennent, ne serait-ce qu’un instant, la douleur en respect. — Mathieu Macheret, Le Monde

Les Bas-fonds new-yorkais

Underworld USA (États-Unis, 1961), un film de Samuel Fuller avec Cliff Robertson, Robert Emhardt et Dolores Dom. Durée : 1h39. Reprise France : 10 janvier 2018. Produit par Globe Enterprises et distribué par Park Circus.

On connaît le goût de Fuller pour les mélanges détonants : Underworld USA, titre en forme d’hommage au premier film de gangster, l’Underworld de Sternberg en 1927, convoque tout à la fois la détermination vengeresse et l’emphase des tragédies shakespeariennes, le romantisme noir d’un Comte de Monte-Cristo plongé dans la pègre new-yorkaise et les tristes récits de vie des prostituées et truands sans ambition que le jeune Sammy a côtoyés durant ses années de journalisme à Park Row. C’est dans cet improbable combo de majesté et de vulgarité que Fuller s’avère un brillant metteur en scène : son Tolly, petit frère du Skip McCoy du Port de la drogue, est le parfait avorton de cette humanité rampante des bas-fonds new yorkais, fils d’une prostituée morte en prison et d’un père minable truand et incapable de lui donner une éducation, à qui il voue pourtant une admiration sans borne. Un soir de nouvel an, tandis qu’il profite de l’ivresse des badauds pour leur faire les poches, Tolly assiste muettement au meurtre de son père, rossé par quatre ombres parmi lesquelles il ne reconnaît qu’un visage. Il n’aura désormais d’autre obsession que celle de venger la mort de son vieux, refusant l’aide de la police comme le veut la règle de son milieu. Sans plus d’hésitation, Tolly entame une carrière de délinquant pour se rapprocher des assassins de son père : de maisons de correction en pénitenciers et jusqu’au sommet d’un syndicat du crime où prospèrent ses ennemis, devenus barons de la drogue et maquereaux. — Critikat

The Box

The Box (États-Unis, 2009), un film de Richard Kelly avec Cameron Diaz, James Marsden et Frank Langella. Durée : 1h55. Sortie France : 4 novembre 2009. Produit par Media Rights Capital et distribué par Wild Bunch.

En adaptant une rikiki nouvelle de Richard Matheson, on pensait Richard Kelly revenu un peu sur terre après les sphères en lévitation de ses labyrinthiques Southland Tales. The Box s’en éloigne pourtant assez rapidement et emmène son petit pitch d’épisode de The Twilight Zone vers une autre dimension, finalement pas si éloignée de ce mélange ambitieux d’incongru, d’inquiétude et de métaphysique qui caractérise ses deux premiers films. La première moitié du long métrage lance une multitude de pistes excitantes où la science marche main dans la main avec la magie, où les corps sont meurtris par d’étranges infirmités, dans une atmosphère de parano 70’s parfaitement rendue. La force de la mise en scène de Kelly est là, un peu à l’image de celle d’un Shyamalan, installant son angoisse sans sirène d’alarme, naviguant entre absolu premier degré et ironie sans se soucier un instant du ridicule. Classe, vénéneux, hanté par la musique signée Arcade Fire et porté par l’interprétation de Cameron Diaz qui a déjà montré, de Vanilla Sky à Dans la peau de John Malkovich, que ses grands yeux tristes pouvaient faire d’elle autre chose que la blonde solaire de ses comédies, The Box partait avec pas mal d’atouts. Mais la deuxième moitié du film flanche. — Film de Culte

The Box est plein de très bonnes idées et diffuse une étrangeté géniale, avec une intrusion dans le réel d’éléments qui relèvent du rêve façon Lynch, mais plus le scénario se déroule et plus l’explication se déroule et ferme un à un les questionnements ouverts par le récit. C’est tout de même sympa de voir Cameron Diaz sortir de ses rôles habituels pour faire quelque chose d’un peu barré.

Matrix

The Matrix (États-Unis, 1999), un film de Lana et Lilly Wachowski avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne et Carrie-Anne Moss. Durée : 2h15. Sortie France : 23 juin 1999. Produit par Silver Pictures et distribué par Warner Bros.

C’est assez incroyable de se dire que Matrix premier du nom est sorti il y a près de 20 ans. Le film est resté un vrai chef d’œuvre à mes yeux, les effets spéciaux n’ont pas pris une ride. À la croisée du cyber-punk, du cinéma Hong-kongais et du pur film d’action, le film est un délice. Seule ombre au tableau, le constat qu’Olivier Père n’avait pas du tout aimé à l’époque :

Essayer de résumer Matrix n’est pas de tout repos. Voir le film non plus. Les frères Wachowski ont tricoté un scénario embrouillé que seuls pourront démêler les fans de bandes dessinées ou de littérature cyber. Quant au « visuel » tant vanté du film, il ne tient pas la route. Il s’agit du résultat d’emprunts éhontés et divers à dix ans de science-fiction et aux films d’action produits à Hong-Kong. Les effets spéciaux spectaculaires ne parviennent pas à atténuer le sentiment de se trouver devant une compilation de scènes impressionnantes laborieusement reliées entre elles par des tartines de dialogues explicatifs. — Olivier Père