Diane a les épaules

Diane a les épaules (France, 2017), un film de Fabien Gorgeart avec Clotilde Hesme, Fabrizio Rongione et Thomas Suire. Durée : 1h27. Sortie France : 15 novembre 2017. Produit par Petit Film et distribué par Haut et Court.

Le cinéma français continue de se complaire dans des figures féminines mi-hystériques mi-attachantes. Après Jeune Femme, on a donc la variante « film sociétal mais qui fait du bien » du portrait de femme. Diane a les épaules n’apporte absolument rien d’original au genre, mais tire malgré tout son épingle du jeu grâce à des acteurs qui n’en font pas trop.

Le Fleuve

The River (France, 1951), un film de Jean Renoir avec Nora Swinburne, Esmond Knight et Arthur Shields. Durée : 1h39. Reprise France : 5 décembre 2012. Produit par Oriental International Films et distribué par Carlotta.

Un film intriguant où l’exotisme colonial n’est qu’un prétexte à déployer un portrait collectif de jeunes femmes au sortir de l’adolescence, qui découvrent le désir et rêvent d’ailleurs.

Par un heureux hasard de calendrier Le Fleuve est distribué en salles le même jour que Tabou de Miguel Gomes (qui a trouvé son public dès les premières séances de son exploitation commerciale, excellente nouvelle.) Les deux films, au-delà de leur beauté, partagent plusieurs points communs : l’exotisme, l’évocation de souvenirs enfouis, et le mélodrame. Le bovarysme aussi, avec dans Le Fleuve de magnifiques portraits de jeunes femmes qui quittent l’adolescence, expérimentent l’ennui provincial (ici l’ennui colonial) et découvrent en même temps que l’attrait des hommes la société, cruelle et hypocrite, des adultes. Et plus profondément il y a chez Renoir et Gomes une conception voisine du cinéma et de la manière de faire des films, une vision cosmique de la vie, de l’amour et la mort. Production américaine tournée en Inde par un cinéaste français, d’après un roman et avec des interprètes anglais, Le Fleuve est sans doute le sommet de l’œuvre de Renoir, le film où s’exprime avec le plus de sérénité et d’universalité sa philosophie de la vie, au-delà du simple choc des cultures. — Olivier Père

Braguino

Braguino (France, 2017), un film documentaire de Clément Cogitore. Durée : 50mn. Sortie France : 1er novembre 2017. Produit par Seppia Films et distribué par BlueBird Distribution.

À sept cents kilomètres du premier village, perdu dans la taïga sibérienne, Sacha Braguine a construit la maison où il vit avec sa femme et leurs nombreux enfants. Entourés d’immenses forêts préservées de la prédation des hommes, Sacha et les siens mènent une existence frugale, la chasse dans les bois ou sur la rivière améliorant l’ordinaire. Blonds comme les blés, les petits ne vont pas à l’école mais rejoignent en canot à moteur leur terrain de jeu, une île sablonneuse à l’abri des animaux sauvages. Les Braguine ne connaissent pas pour autant la paix. L’incursion sur leur territoire de braconniers, qui débarquent en hélicoptère les fusils à la main, et surtout les relations conflictuelles qu’ils entretiennent avec les Kiline, leurs seuls voisins, jettent une ombre sur leur fragile paradis.

Dans les années 1970, pour échapper à l’emprise de l’État et à celle de la communauté des Vieux-croyants, une confession orthodoxe minoritaire en Russie à laquelle il appartient, Sacha Braguine s’est exilé dans les forêts de Sibérie. Avec sa famille, il vit au milieu d’une nature généreuse, grandiose et hostile. Il y prélève sa juste part lorsqu’il fauche en plein vol des coqs de bruyère ou abat un ours, qu’il dépèce au couteau avant de prier pour son âme. En apprivoisant Sacha et sa famille, Clément Cogitore se fait le témoin des rêves et des utopies d’une microsociété que menace autant l’immensité du monde que la nature humaine. — Arte

Après Ni le ciel ni la terre, passé l’année dernière à la Semaine de la Critique, j’attendais avec impatience le documentaire de Clément Cogitore. C’est une très bonne surprise même si le format fait un peu court étiré en moyen métrage. Les images sont somptueuses et la situation décrite est hors du commun. L’atmosphère paranoïaque du film s’essouffle un peu vers la fin ; alors qu’elle donnait toute son énergie au film précédent, ici elle semble davantage reposer sur des effets de montage et de mise en scène que sur une envie de coller au réel.

Le Corbeau

Le Corbeau (France, 1943), un film d’Henri-Georges Clouzot avec Pierre Fresnay, Ginette Leclerc et Héléna Manson. Durée : 1h32. Reprise France : 8 novembre 2017. Produit par Continental Films et distribué par Les Acacias.

Tourné pour la Continental, compagnie de cinéma française régie par l’occupant allemand, Le Corbeau est le second film d’Henri-Georges Clouzot, qui officiait alors en tant que docteur es scénarios et venait de rencontrer le succès pour ses débuts de réalisateur avec L’Assassin habite au 21. Formidable triomphe lors de sa sortie, retiré des écrans à la Libération, sujet de toutes les polémiques, son deuxième film est depuis rentré dans l’Histoire du cinéma… non sans encombres. Etrange destin en effet que celui du Corbeau, film honni de toutes parts, tant par la presse clandestine et résistante (le fameux critique et historien du cinéma Georges Sadoul allant même jusqu’à comparer le film à Mein Kampf) que par le pouvoir de Vichy, qui attendait de sa filiale cinématographique des films autrement plus glorieux et optimistes que cette sinistre et sordide histoire de chantage. Destin d’autant plus étrange que le film fut finalement accusé des mêmes maux de part et d’autre : une vision dégradante et anti-française de la société de l’époque. Le film, que ce soit sous Vichy ou à la Libération, fut donc une cible idéale, ainsi que son créateur qui se vit interdire à vie toute activité cinématographique dès juin 44 (cette peine fut finalement réduite à deux ans).Force est de reconnaître que les portraits brossés par Clouzot et Chavance allaient à l’encontre de tout romantisme et pouvaient faire grincer des dents tant du côté de la Résistance (nous sommes loin du portrait idyllique de la France vue par René Clément dans La Bataille du rail) que des adeptes de Pétain. Ainsi, à l’image de sa fameuse (et formidable) scène métaphorique de l’ampoule, personne n’est tout blanc ou tout noir chez Clouzot. Tout en nuances claires-obscures, ses personnages ne pouvaient servir de modèle à quelque pouvoir que ce soit : Clouzot est trop misanthrope et désespéré pour être utilisé en vue d’une quelconque propagande… Hors ces circonstances politico-historiques (auxquelles Bertrand Tavernier met un point final dans le documentaire en lavant Clouzot de tout soupçon collaborationniste : ce dernier aurait, une fois dans la place, aidé de nombreux juifs persécutés et pourchassés par les Allemands…), le film garde aujourd’hui une puissance cinématographique tout bonnement ahurissante. Baladé d’indices en indices, de suspects en suspects, le spectateur assiste à un suspense de premier ordre, ce que le contexte chargé du film ne devrait pas nous faire oublier. En effet, Le Corbeau est un grand film de cinéma, point final ! On aurait ainsi pu craindre que le passé de scénariste de Clouzot pesa sur le film et sur sa réalisation (votre serviteur, au risque de vous choquer, persiste à penser que le surestimé Assassin habite au 21 doit plus à son scénario astucieux qu’à de réelles qualités de mise en scène), mais il n’en est rien. Certaines scènes, proches de l’expressionnisme, donnent au film une griffe fantastique passionnante – cadrages déstructurés, jeu sur la profondeur de champ, ombres démesurées, jeux de lumières d’une beauté fulgurante : Clouzot s’impose comme un vrai cinéaste, avec un regard et un style que l’on retrouvera dans ses films suivants. — DVD Classik

Quai des orfèvres

Quai des orfèvres (France, 1947), un film de Henri-Georges Clouzot avec Louis Jouvet, Suzy Delair et Bernard Blier. Durée : 1h45. Reprise France : 8 novembre 2017. Produit par Majestic Films et distribué par Les Acacias.

Il s’agit avec Le Corbeau de l’un des plus grands films de Clouzot, réalisé après un chômage forcé de quelques années au moment de la Libération (le cinéaste ayant régulièrement travaillé pour la Continental, société de production franco-allemande très active pendant l’Occupation). Un pianiste jaloux est accusé d’avoir assassiné un des riches prétendants de sa femme, chanteuse de music hall volage et vénale. L’inspecteur Antoine mène l’enquête… Voilà un (vrai) classique du cinéma policier français, qui vaut autant pour son suspense (il s’agit d’une adaptation d’un roman de S. A. Steeman) que pour son atmosphère et ses personnages, marqués par le pessimisme foncier de Clouzot, ici au sommet de son art. Quai des orfèvres est admirablement servi par un inoubliable Louis Jouvet, qui dans le rôle d’un flic misanthrope et malgré tout attachant, se révèle un double parfait de son metteur en scène (comme la plupart des personnages masculins des films de Clouzot.) Quai des orfèvres est une œuvre amère et sans aucune illusion, presque célinienne (l’humanité est pourrie, seule l’enfance échappe au massacre), dont le cynisme est sauvé par des accents déchirants et qui confirme que les bons sentiments ne font pas souvent les meilleurs films. — Arte

La Cité des dangers

Hustle (États-Unis, 1976), un film de Robert Aldrich avec Burt Reynolds, Paul Winfield et Catherine Deneuve. Durée : 2h. Reprise France : 19 août 2015. Produit par Paramount et distribué par Swashbuckler Films.

Tiré d’un roman policier de Steve Shagan, dont l’auteur prend en charge l’adaptation cinématographique, La Cité des dangers est un polar mélancolique, presque lancinant, où action et intrigue passent nettement au second plan. […] Un film qui ne juge pas, qui ne glorifie pas l’héroïsme ou le courage. La Cité des dangers ne s’intéresse quasiment pas à l’enquête qui se déroule sans réelle investigation et ne produit ni surprise ni suspense. Il n’y a quasiment aucune scène d’action, aucune poursuite. Aldrich est seulement intéressé par ses personnages, la description de leur milieu et de cette ville vorace. Il ne se sert du genre que comme d’un cadre dont il se plaît à modifier les contours.