Paris, Texas

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Paris, Texas (États-Unis, 1984), un film de Wim Wenders avec Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski et Dean Stockwell. Durée : 2h27. Reprise en France : 16 juillet 2014, distribué par Connaissance du Cinéma.

Premier contact avec Wim Wenders, Paris, Texas est une œuvre intrigante qui impose son rythme contemplatif et un charme particulier. Elle s’ouvre sur une errance, celle d’un homme perdu seul dans le désert et qui semble avoir perdu la parole, au beau milieu du désert texan. Cette ouverture en point d’interrogation se prolonge au-delà de la première rencontre, elle s’entête et mue progressivement en quête existentielle, depuis un premier paysage désolé vers un autre, d’un désert brûlant à une parcelle de terre achetée sans la voir, perdue au milieu de nulle part. Ce sera le fil de l’histoire : un personnage qui avance à l’aveugle, dont l’existence même est toujours en cause. Il veut revenir vers sa naissance et ce lieu où ses parents l’ont conçu, eux dont le mariage est résumé plusieurs fois à une mauvaise blague, une anecdote sur Paris en France et son homonyme au Texas. Le passé de Travis est fait de bribes et d’indices qui sonnent faux : une photo de photomaton, un film de vacances heureuses avec sa femme et son fils, l’image d’un couple modèle et parfaitement heureux décrite par son frère. La réalité vécue est plus dure : c’est sa disparition inexpliquée pendant 4 ans, sa difficulté à renouer avec son fils, en bref son incapacité à exister comme personnage à l’existence linéaire et logique.

Une ambiance étrange se dégage de la lenteur des plans presque fixes aux couleurs vives comme des tableaux d’une Amérique fantasmée, de la rareté des dialogues, des personnages qui les animent (Dean Stockwell me renvoie toujours à son rôle dans Blue Velvet), de la monotonie volontaire de la musique. Et puis il y a cette très belle scène de la confrontation, peu avant la fin, qui prend des airs de confessionnal moderne : l’homme est derrière une vitre sans teint, il observe la femme de sa vie qui ne l’a pas encore reconnu. Cette femme qui se dit gauchement bonne confidente est un double de souffrance, la version inversée de son histoire à lui. À elle il parle enfin, il lui raconte leur propre histoire décousue et douloureuse. Elle finira par le reconnaître, et deviner son visage dans une glace où elle ne voit qu’elle-même. À travers le masque du miroir Travis peut enfin avouer ce qui ne va pas en eux, leur incapacité à être les personnages aux identités assignées vers quoi tout les ramenait.

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