Petit paysan

Petit Paysan (France, 2017), un film de Hubert Charuel avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau et Bouli Lanners. Durée : 1h30. Sortie France : 30 août 2017. Produit par Domino Films et distribué par Pyramide.

Une photographie propre, des acteurs qui n’en font pas des caisses et l’intrigue du film avance tranquillement, à son rythme, en l’occurrence celui de la maladie qui contamine les vaches du petit paysan du titre. Rien de particulièrement excitant mais un vrai travail de mise en scène à saluer pour ce premier long métrage.

Très bonnes remarques sur le film dans Débordement :

Le film se pose une contrainte : le dépassement du portrait social (et donc d’une forme de naturalisme) par le fantastique. Il suit, en cela, une logique de cross over qui caractérise aujourd’hui bon nombre de premiers ou deuxièmes films français (par exemple Le Parc de Damien Manivel ou Grave de Julia Ducournau). Le cross over est ici amené très vite : Pierre (Swann Arlaud), l’éleveur dont le film dresse le portrait, trouve dans son troupeau de vaches une bête qu’il croit malade. Par crainte des contrôles sanitaires, il l’élimine lui-même et fait disparaître le cadavre dans la campagne. La force du début du film tient au fait qu’on ne sait pas si l’animal abattu est vraiment contaminé. La phobie du personnage principal fait ainsi basculer le récit vers le cinéma de genre : mouvement parfaitement lisible, peut-être même un peu trop.

« Je voulais raconter l’histoire d’amour entre un homme et ses animaux » a expliqué Hubert Charuel sur France inter quelques jours avant la sortie de son film [1]. L’empathie est en effet le ressort principal du drame : c’est parce que Pierre aime ses bêtes (au point de n’avoir aucune vie sexuelle) qu’il refuse de sacrifier son troupeau lorsqu’un deuxième cas suspect se présente. Le récit reconduit la même mécanique (mise à mort de l’animal, effacement des traces), mais perd vite toute ambiguïté quand on comprend que le troupeau est vraiment frappé par une épidémie (de type Creutzfeldt-Jakob) et qu’il est donc voué à l’abattage systématique, au nom d’un principe de précaution incarné par la sœur de Pierre (Sara Giraudeau), vétérinaire. Le croisement de genres tenté dans la première partie est alors renvoyé à la stérilité du « truc » de scénario : le film se mue en thriller social sans suspense, dont l’issue, cousue de fil blanc (l’euthanasie du troupeau et la faillite du « petit paysan) fonctionne, bien sûr, comme une métaphore. Métaphore de la désolation des campagnes françaises (le troupeau malade comme symbole d’une agonie sociale), métaphore de la lutte des « petits » résistant, en vain, contre un « système » forcément injuste (fable à la Ken Loach, simpliste, mais toujours porteuse), métaphore aussi de notre rapport à la condition animale, où les positions semblent pour le moins ambiguës (comme l’a indiqué Camille Brunel).

[…] Petit Paysan est en fait surtout un cas d’école. Bien qu’il n’y ait pas de prototype du premier film français – les essais de Justine Triet, de Thomas Caillet, de Damien Manivel, de Julia Ducournau témoignent au contraire d’une très grande variété de registres, d’influences, d’écriture – il existe cependant un langage narratif commun, une façon plus ou moins concertée (et plus ou moins scolaire) de s’écarter aujourd’hui du cadre réaliste pour suivre un personnage dans sa dérive – et abattre si possible la carte du cinéma de genre. C’est la fin du monde vécue sur le mode de l’hallucination à la fin des Combattants, c’est le viol plus ou moins fantasmé de la jeune fille dans la partie nocturne du Parc, c’est la longue promenade nocturne d’une Laetitia Dosch soûle et hébétée à la fin La Bataille de Solférino, c’est la lente initiation de Justine aux lois animales de son désir dans Grave.

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