Post Tenebras Lux

Post Tenebras Lux (France, 2013), un film de Carlos Reygadas avec Rut Reygadas, Eleazar Reygadas et Nathalia Acevedo. Durée : 1h53. Produit par Mantarraya Producciones et distribué par Le Pacte.

Prétentieux et sans âme, Post Tenebras Lux n’est pas à la hauteur de sa séquence d’ouverture qui est absolument splendide.

Un film au propos mystique, visuellement étourdissant, qui rendrait presque The Tree of life simple en comparaison. Un rapprochement presque trop évident, car Reygadas vise lui aussi très haut : la vie, la mort, le diable, l’humanité. Et pour servir son propos il offre également un incroyable spectacle visuel, comme cette scène d’ouverture où une fillette perdue dans la nature en plein orage semble nommer tout ce qu’elle voit (animaux, personnes… ) comme un inventaire à l’aube de l’humanité. La deuxième séquence réserve une surprise hallucinée qu’il vaut mieux ne pas spoiler, mais qui enfonce le clou d’une béate stupéfaction face à un film déjà hors-normes, un film-monde mastodonte. Pendant ces premières dix minutes, Reygadas avait la palme.

Puis le mysticisme laisse place à des scènes plus triviales. La singularité ne nait plus de ces images banales, mais de leur invraisemblable juxtaposition. On passe sans explication d’une famille mexicaine à une boite à partouze française puis un match de rugby dans une école anglaise…. Des scènes complètement désincarnées, comme regardées depuis des kilomètres de distance (depuis le ciel ?). Elles sont d’ailleurs filmées à travers un étrange effet irisé à l’image, les dédoublant comme si elles étaient vues à travers un œil kaléidoscopique. Celui du diable ? De la nature ? Aucune explication ne vient justifier ce qui finit par ressembler à un tic assez stérile. Là où le chemin de Reygadas achève de différer complétement de celui de Malick, c’est qu’il n’a jamais recours à la nostalgie d’un temps révolu, ne marche jamais à l’affect. Malgré une beauté plastique indéniable, Post tenebras lux est au contraire un film cérébral, qui s’impose avec sérieux et froideur.

L’auteur de ces lignes doit avouer grincer des dents lorsque l’on qualifie un film de prétentieux. On a trop vite fait de reprocher aux films leur ambition. Depuis quand l’art devrait-il être mesuré ? Encore heureux que certains films tentent de dépasser le niveau de la mer, quitte à prendre le risque du ridicule ! Mais il faut dire que Reygadas ne rend pas sa défense aisée : tout dans son film finit paradoxalement par nous rappeler sa présence. Que ce soit ces longues scènes triviales aux dialogues inintéressants (alors qu’on sait bien que les enjeux du film sont ailleurs, au-dessus de tout ça), ou cette froideur générale. On se retrouve avec l’impression frustrante que Reygadas fait exprès de nous perdre, de nous faire attendre, puis de nous réveiller avec des scènes-chocs tout en nous disant « vous verrez bien où je veux en venir ». On attend donc « où ça va en venir » : un dénouement qui tire le film vers le haut, ou le bas… et c’est malheureusement vers le bas. Tout comme les scènes-choc précédemment citées (dont une scène de cul complètement gratuite), les scènes choisies pour clore le long métrage sentent trop le tape-à-l’œil artificiel, la gratuité d’un démiurge trop conscient d’en mettre plein la vue, fier de ses effets. Ce qu’il choisit de faire au final de son récit vient presque contredire les espoirs qu’on y plaçait, et les promesses mystiques du début. La grandiloquence n’empêche pas la modestie. C’est peut-être même cela qui différencie un chef d’œuvre d’une déception. — Gregory Coutaut, Film de Culte

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