Respire

respire

Respire (France, 2014), un film de Mélanie Laurent avec Joséphine Japy, Lou de Laâge et Isabelle Carré. Durée : 1h32. Sortie France : 12 novembre 2014. Produit par Move Movie et distribué par Gaumont.

Mélanie Laurent a un peu le syndrome de Guillaume Canet à l’envers : lui devrait se cantonner à n’être qu’acteur, elle à n’être que réalisatrice. Respire le confirme, avec une réalisation correcte et un drame bien mené. Le film n’échappe cependant pas à quelques travers très « cinéma français », dont un qui est particulièrement agaçant : celui qui consiste, dès qu’une scène se passe dans une salle de cours, à mettre dans la bouche du prof de philo ou de lettres un indice vers le sujet du film. Mélanie Laurent fait du Kechiche, et annonce la couleur : « la passion c’est bien mais ça peut nous entraîner trop loin, on peut perdre pied etc. », exactement le même discours que dans La vie d’Adèle. La passion est d’ailleurs du même ordre, puisque plane sur l’amitié des deux filles une permanente ambiguïté sexuelle, à l’âge où le monde est obsédé par la question de savoir qui a déjà couché. Autre tic : le choix du lieux, cette espèce de banlieue sans nom et sans âme qu’on voit désormais partout, le cadre paresseux d’Une nouvelle amie et de tant d’autres films, qui à la fois confère une caution sociologique à peu de frais (on montre le périurbain, à défaut de vraiment montrer la « France d’en bas »), et se laisse filmer à peu près n’importe comment. Chronicart écrit ainsi :

Il n’y a pas besoin de chercher beaucoup pour situer l’imaginaire du film. La banlieue pavillonnaire anonyme où Laurent installe son récit évoque d’emblée le topos du cinéma indépendant américain, dont le folklore esthétique est omniprésent. Balade dans des champs de blé baignés d’une lumière orangée, lens flares contemplatifs et jeunesse Levi’s : les ingrédients de Respire composent un tableau qui fleure bon l’auteur Sundance (la critique outre-Atlantique semble d’ailleurs avoir avalé sans broncher). Mais Mélanie Laurent, élève aussi appliquée que fayote, n’oublie pas de payer son tribut au cinéma français, à commencer par Kechiche. La vie de Charlie a de faux-airs de celle d’Adèle, depuis la chronique d’une relation sous tension jusqu’à l’apparition d’un hang, cet instrument de musique qui sert de bande-son au film de Kechiche.

La cohérence du film doit en effet beaucoup à son casting, car le duo marche bien au moins dans la première partie. Quand la violence s’installe le scénario devient plus pesant, et le harcèlement du personnage de Lou de Laâge est vraiment sans finesse : le téléphone qui sonne non-stop, les insultes marqués en 15 exemplaires dans le lycée, tout se déchaîne trop vite et semble du coup un peu tiré par les cheveux, d’autant qu’on ne voit quasi pas Sarah pendant cette séquence. De même Isabelle Carré, attachante en mère de famille monoparentale, est complètement absente quand il s’agit de comprendre quoi que ce soit chez sa fille. En revanche l’ambiguïté du personnage de Joséphine Japy est très réussie, et s’éloigne très lentement de la façade impassible et douce des débuts. À partir du moment où on connait le secret principal de l’affaire, les scènes de confrontation donnent envie de renverser le point de vue et de saisir la violence de ce qu’inflige aux autres cette fille apparemment sans défense : elle abandonne purement et simplement sa meilleure amie précédente, humilie la nouvelle en révélant son mensonge devant les autres, la suit chez elle pour découvrir sa vie privée… Bref finalement le duo fait bien la paire, et la brutalité de la conclusion sonne moins comme une surprise qu’une confirmation.

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