Rien sans risque

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Nicht ohne Risiko (Allemagne, 2004), un documentaire de Harun Farocki. Durée : 52mn. Distribué par The Cinema Guild.

Harun Farocki est mort il y a quelques jours, c’est l’occasion de regarder un ou deux de ses travaux. Celui-ci est une plongée de 50 minutes dans la salle de réunion d’un groupe allemand de VC, pour Venture Capitalists, c’est-à-dire des prêteurs de capitaux à risques. Face à eux, une entreprise qui commercialise le produit le moins sexy de la terre : un appareil capable de mesurer la pression exercée sur une partie d’un moteur, à partir de son champ magnétique. La réunion intervient alors que la boîte a besoin de lever environ 700 000 dollars pour passer à la vitesse supérieure et commercialiser une version aboutie de son produit. Les négociations portent sur l’ampleur et les conditions de l’entrée au capital par les VC, qui veulent garantir leur marge après leur sortie (exit) et une participation importante dans l’entreprise. Farocki expose en moins d’une heure les conditions matérielles de l’innovation dans un contexte de raréfaction des ressources financières : le secteur bancaire est ici complètement absent, laissant la place à une catégorie nouvelle d’investisseurs, mi conseillers avisés mi financiers aux dents longues. Loin des rêves véhiculés par la Silicon Valley, on y voit surtout le rôle solitaire de l’entrepreneur qui doit rester toujours sur ses gardes, et dont les efforts et investissements ne sont perçus qu’en termes de risques par des gens étrangers à son coeur d’activité.

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