Rififi chez les hommes

Du rififi chez les hommes (France, 1955), un film de Jules Dassin avec Jean Servais, Carl Möhner et Robert Manuel. Durée : 1h56. Reprise France : 25 juillet 2001. Produit par Pathé et distribué par Les Acacias.

Très bon polar où une bande de types assez stéréotypés menée par un gangster en fin de parcours, Tony le Stéphanois, se lance dans un gros coup : le braquage d’une joaillerie, avec en parallèle une guerre contre un clan rival. L’occasion de faire une scène de cabaret assez géniale sur le thème du rififi (l’expression), et de faire une scène de cambriolage splendide :

Si le film est encore aujourd’hui aussi marquant, c’est surtout pour son incroyable séquence de cambriolage, référence en la matière et mètre-étalon du genre. Véritable tour de force cinématographique, cette demi-heure tout bonnement géniale révèle un cinéaste maître de ses effets à l’extrême, jouant sur les nerfs du spectateur à la manière du meilleur Hitchcock et s’autorisant quelques effets d’une audace folle. Pendant 35 minutes éblouissantes, Dassin va ainsi supprimer tout dialogue, effacer toute trace de musique et retourner avec délectation aux sources du cinéma, quand il était encore muet et que les seules armes d’un cinéaste étaient un cadre, ses acteurs et le montage. Pari gagné : la séquence est inoubliable, inégalable et inégalée. […] Pour ces fabuleuses 35 minutes, il sera alors beaucoup pardonné au film : son dernier quart un peu faible au regard de cette incroyable séquence, son jeu d’acteurs inégal (malgré un immense Jean Servais, force est de reconnaître que le pauvre Carl Möhner n’est par exemple vraiment pas à la hauteur), sa post-synchronisation parfois hasardeuse ou encore les clichés du scénario. Film inégal donc, sûrement un peu étouffé par ce majestueux morceau de bravoure, et qui pourtant, cache quelques autres trésors pour qui veut bien y regarder d’un peu plus près. Car ne s’attarder que sur cette fameuse séquence, ce serait aussi oublier l’extraordinaire travail d’Alexandre Trauner sur les décors, la très belle partition musicale de George Auric, la gouaille toute parisienne des dialogues ou encore la première apparition, assez convaincante, d’un jeune Robert Hossein. Enfin, ce serait faire injure au talent de Jules Dassin, son sens du cadre, son efficacité toute « américaine » et surtout ses petites innovations discrètes, qui mine de rien annonçaient la Nouvelle Vague avec cinq ans d’avance. Dans une dernière séquence de toute beauté, la caméra et les ciseaux de Dassin, libres comme l’air, s’autorisent quelques embardées folles dans les rues de Paris qui n’auront rien à envier au Godard d’A Bout de Souffle… Et ce en 1955. — Xavier Jamet, DVD Classik

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