Salò ou les 120 Journées de Sodome

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Évidemment pas le premier contact le plus facile avec Pasolini, et c’est un peu une manière de commencer par la fin. Adaptation de l’oeuvre de Sade, Salò ou les 120 journées de Sodome met en scène la république fantoche du nord de l’Italie, mise en place par Hitler pour soutenir un Mussolini au bord de la défaite. Le contexte historique amène donc à lui seul la froideur raide et le détachement nazi face à l’horreur, que l’on retrouve dans le point de vue du spectateur-voyeur de l’avant-dernier plan, celui de l’homme qui voit tout à travers une vitre, coupé du son. La mise en scène est minimaliste, et les supplices ont cette gaucherie et cette lenteur réelles que n’interrompt aucun cut. Certaines scènes sont insoutenables, notamment celles avec les excréments qui donnent vraiment envie de vomir. Ceux qui subissent les sévices ne sont jamais objet de désir, ils sont ramenés à moins que rien, ils n’ont quasi pas d’existence même en tant que personnage : on trouve ici une trace de compassion entre deux filles, une scène de sexe lesbien, une autre entre une bonne et un des garçons, mais la première se finit par une séparation et un viol, la seconde par une dénonciation, la dernière par un meurtre par balle. Ne restent que des corps réfractaires, animés de force : le plan sur le fragile couple nu avec les quatre barrons en noir au fond, qui finissent par se lasser de les voir ne rien faire, est visuellement très fort et témoigne de ce souci permanent de la photographie de souligner le dénuement des êtres par la neutralité chromatique et la symétrie maniaque des décors. La structure menée par les lecture crée un effet d’annonce des souffrances, tandis que la structure en cercles amène la déshumanisation des organisateurs : les petits soldats qui encadrent les lectures et les sévices sont à la fin souriants, ils dansent comme inconscients de ce qui s’est déroulé devant eux. La scène finale marque cet aboutissement à une horreur sauvage et simple, dénuée des oripeaux de la culture qu’amenaient les citations de Proust ou Baudelaire, et qui rappelle celle de Cannibal Holocaust : au-delà de la perversion, elle montre une insoutenable animalité humaine.

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