Shadows

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Shadows (États-Unis, 1959), un film de John Cassavetes avec Ben Carruthers, Lelia Goldoni et Hugh Hurd. Durée : 1h21. Reprise France : 11 juillet 2012, produit par Seymour Cassel et distribué par Orly Films.

Shadows est le premier long métrage de Cassavetes, qui cesse alors d’être acteur pour passer derrière la caméra. Il importe dans le même temps son travail à l’American Academy of Dramatic Arts et les méthodes de l’Actors Studio : le film est décrit par une mention au générique comme un travail d’improvisation. De fait il a été tourné à New-York sans argent, sans studio, et avec sa fin ouverte il s’affranchit de la contrainte d’un scénario linéaire et ficelé. Il enchaîne au contraire des petites scènes, parfois coupées brutalement au montage. Les plans alternent entre le parcours de Lelia, très belle jeune femme qui découvre son pouvoir de séduction, son frère chanteur Hugh et son manager Ben qui vont et viennent en tournée, et une bande jeunes musiciens qui traînent dans les cafés et les bars. Malgré la détérioration des pellicules le noir et blanc reste très beau, avec par exemple deux plans dans la scène chez Tony : un sur Lelia qui fait ressortir la blancheur de son visage, un autre sur le couple assis dans le lit, baignés dans la seule lumière d’un projecteur.

La musique de Charles Mingus, improvisée directement sur les images, colle parfaitement au rythme haché du film. Un thème structure cependant la narration, qui est celui de l’abandon ou plutôt de la négligence. On le retrouve dans les rapports amoureux (Tony qui ne ressent rien pour Lelia malgré ses déclarations enflammées, Davy qui doit patienter trois heures, les rapports charnels décrits comme une souffrance), dans la discrimination raciale (traitée fugitivement à travers la fuite confuse de Tony, ou le plan sur le masque africain du MoMA), et plus généralement dans les rapports sociaux toujours teintés de mépris, d’indifférence ou de rejet – jusque dans les scènes de dragues dans les cafés. Au centre de l’histoire il y a Bennie, qui incarne cette errance identitaire et qui mettra toute la durée du film à mettre le doigt sur ce malaise latent auquel se heurte sa génération.

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