Silent Running

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Silent Running (1975), un film de Douglas Trumbull avec Bruce Dern, Cliff Potts et Ron Rifkin. Durée : 1h29. Sortie France : 3 décembre 1975. Produit et distribué par Universal Pictures.

Il s’agit du premier film – il n’en signera qu’un seul autre en 1983, Brainstorm – de Douglas Trumbull, spécialiste réputé des effets spéciaux qui fit ses classes sur 2001, l’odyssée de l’espace avant de travailler sur les trucages photographiques de Rencontres du troisième type, Star Trek, le film, Blade Runner puis de reprendre du service sur The Tree of Life de Malick. Ce n’est donc pas une surprise de le voir passer à la mise en scène avec un film de science-fiction qui se déroule entièrement dans l’espace, avec un vaisseau qui achève son périple dans les anneaux de Saturne. Silent Running s’inscrit dans son époque avec un message alarmiste sur le futur de l’humanité. Un an plus tard ce sera au tour de Soleil Vert de dresser un constat terrible de notre planète rendue invivable par la pollution. Silent Running part du postulat que la végétation a disparu de la surface du globe et que les ressources naturelles de la Terre sont en voie d’extinction. Dans l’espace, des vaisseaux entretiennent les derniers échantillons d’arbres, de fleurs, de fruits et de légumes dans des serres. Un jour, un message de la Terre ordonne aux équipes de ses vaisseaux de détruire leur précieuse cargaison et de rentrer : la mission est annulée. Le seul membre de l’équipage à ne pas se réjouir de cette nouvelle est le jardinier chargé de l’entretien des serres d’un des vaisseaux, tache dont il s’acquitte avec passion et dévotion. Il préfère désobéir aux ordres et supprimer ses coéquipiers, et parvient à sauver une serre de la destruction.

[…] Silent Running est par bien des aspects un western transposé dans l’espace. Il y est question du rapport primordial de l’homme avec la nature, maintenue en survie artificielle dans des astronefs, et du mythe de la frontière, prolongé au-delà des étoiles, comme dans le film de Stanley Kubrick. Le jardinier Freeman Lowell (interprété par Bruce Dern) annonce les personnages chers à Cimino d’idéalistes solitaires, prompts à employer la violence pour lutter contre l’establishment et la loi lorsque cette dernière trahit les idéaux de la civilisation américaine. Et la communion avec la nature, même si cette dernière fut domestiquée par la soif d’expansion des Américains, fait partie des fondements primitifs des Etats-Unis. Silent Running fut à l’époque de sa sortie assimilé à des films hippies comme Easy Rider, et cherchait à viser le même public que ces productions anti systèmes et contestataires – les chansons de Joan Baez en témoignent. Silent Running est surtout une épopée négative d’un grand pessimisme, et d’une tristesse souvent poignante. Le film a l’audace d’ériger en personnage principal un sociopathe criminel interprété avec son habituelle intensité par un acteur souvent cantonné dans des seconds rôles de pervers ou de dingues, Bruce Dern. Si la mise en scène de Trumbull avait été plus lyrique, nous tenions un chef-d’œuvre. On peut rêver à ce que Cimino cinéaste aurait pu en faire, certainement l’équivalent du Canardeur dans l’espace : le voyage d’un antihéros américain vers la mort, seul contre tous. — Olivier Père, Arte

Le film fut tourné en 32 jours pour un budget qui s’éleva à 1,3 millions de dollars. C’est à coups de système D et de persévérance que Trumbull parvient à boucler son film. Il engage des étudiants de Long Beach afin de « maquiller » en vaisseau spatial un vieux porte-avions destiné à la casse et loué pour l’occasion. Il négocie avec les tout-puissants syndicats de l’industrie cinématographique pour pouvoir engager du personnel non syndiqué, chose souvent impossible. Malgré les restrictions, le savoir-faire du technicien fait des miracles. Il met à profit ses expérimentations pour 2001 : l’Odyssée de l’espace – notamment la technique de projection frontale – et les adapte à l’échelle de son film de manière à en baisser les coûts. Aujourd’hui encore, les effets spéciaux du Silent Running tiennent la route, que ce soit les techniques de projection, les robots qui préfigurent R2-D2 (en plus attachant parce que plus émotionnellement chargés) ou les très belles miniatures des vaisseaux. La maquette du Valley Forge qui faisait 7,8 m fut réalisée à partir de près de 650 kits de modèles réduits de tanks allemands achetés par lots au Japon. Le design du vaisseau est inspiré de la tour construite pour l’exposition d’Osaka en 1970, que Douglas Trumbull et Wayne Smith (un des membres de l’équipe design des effets spéciaux) avaient visitée peu avant. Le cargo reprend exactement le design squelettique de la tour avec ses petits polyèdres, mais à l’horizontale. La principale source d’inspiration des dômes, quant à elle, vient autant des dômes présents à la base de la tour d’Osaka que du Climatron Greenhouse, un dôme géodésique ouvert au public en 1960 dans le Missouri abritant un immense jardin botanique.

Le scénario, co-écrit par un certain Michael Cimino – dont c’est le premier script – commence à porter les désillusions des années Flower Power. Les crédits pour l’écriture sont partagés avec Steven Bochco – plus connu pour ses scénarii de séries télévisées – et Deric Washburn avec qui Cimino signera quelques années plus tard un autre chef-d’œuvre désabusé – Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter) – ; mais si les trois hommes sont responsables d’un certain nombre d’idées probablement visibles à l’écran, c’est Trumbull qui écrira finalement le script. « Deric a contribué directement au script. Michael Cimino (…) et moi étions amis, et il m’a fait des suggestion tout comme Steven Bochco. Arès avoir vu leurs notes, je me suis dit que je n’aimais entièrement aucun des récits qu’ils suggéraient, mais que certains éléments me plaisaient. J’ai donc réassemblé à ma façon ce qu’ils avaient écrit dans ma version du scénario pour lequel je n’ai d’ailleurs jamais pu obtenir un crédit au générique puisque je n’étais pas membre de la guilde des auteurs américains. » — Christophe Buchet, DVD Classik

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