Snow Therapy

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Force Majeure (Suède, 2015), un film de Ruben Östlund avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli et Clara Wettergren. Durée : 1h58. Sortie France : 28 janvier 2015. Produit par Plattform Produktion et distribué par Bac Films.

Le film met un peu de temps à se mettre en branle, et perd un peu son temps avec de longs plans sur la beauté des monts alpins – pas forcément très heureux d’ailleurs, puisque le défilé des grands angles n’amène pas grand chose. Au milieu de la luxueuse station des Arcs, on suit une famille de suédois aussi parfaitement estampillée IKEA que le mobilier de l’hôtel ; Monsieur passe enfin 5 jours sans son téléphone portable branché sur le boulot, madame profite de ce rare moment en famille, les gamins jouent sur leurs tablettes. Arrive le fameux épisode de l’avalanche annoncé par la bande-annonce, bien fichu et suffisamment attendu pour qu’on prête toute notre attention au détail du comportement du père. La suite est un peu pataude, le silence gêné de la famille face au père qui a pris la fuite est joué de manière forcée et sonne faux.

Snow Therapy ne devient vraiment drôle qu’à partir du deuxième dîner, quand la mère de famille met le sujet sur la table pour la deuxième fois, en décrivant encore davantage le détail de l’événement. Le plaisir et le comique résident moins dans le fait de voir « craquer le vernis de civilisation » ou se déconstruire le pater familias (comme le répète non-stop le réalisateur dans ses interviews) que dans la capacité d’Östlund à toujours pousser les situations un peu plus loin que la stricte plausibilité. Trois exemples : quand le père craque et admet enfin sa faute, la crise de larme déborde complètement et dure un bon quart d’heure sous l’oeil amusé du mec de l’entretien de l’hôtel. Quand il ne retrouve pas sa famille et erre dans l’hôtel, il finit dans une boîte de nuit en délire total où une bande de mecs en sueur hurle en renversant de la bière partout. Enfin quand il retrouve l’homme du couple qui a assisté à la crise et qu’ils s’assoient ensemble en terrasse pour se remettre de leurs émotions autour d’une bière, ils subissent une dernière humiliation, là aussi très longue et délicieusement absurde puisqu’ils croient d’abord être dragués par un duo de filles jusqu’à ce que l’une d’elles revienne pour corriger son erreur : désolé ce n’était en fait pas lui le « plus beau mec de la terrasse ». Plus qu’à des pères de famille contestés dans leur autorités, ils ressemblent à un duo de potes de comédie américaine perdus dans le décor d’un film d’auteur psychologisant : le barbu maladroit fait penser à Zach Galifianakis quand il essaye de prendre la défense de l’autre et qu’il le fait systématiquement mal, soit en poussant la comparaison trop loin (avec le Titanic et ses morts) soit en tirant la couverture à soi.

Vraiment drôle, Snow Therapy n’est pourtant pas très intéressant visuellement : obsédé par les plans symétriques, il laisse aussi souvent percevoir le recours aux effets spéciaux qui n’apportent pas grand-chose.

L’avalanche a été filmée au Canada, en Colombie-Britannique, le restaurant-terrasse a été construit en studio devant un écran vert à Göteborg, en Suède. Le nuage de neige numérique a été ajouté ensuite. En résumé, il s’agit d’une avalanche canadienne s’abattant sur une famille de touristes suédois dans les Alpes françaises. — Télérama

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