Taxi Téhéran

taxi-teheran

Taxi, تاکسی (Iran, 2014), un film de Jafar Panahi. Durée : 1h22. Sortie France : 15 avril 2015. Produit par Jafar Panahi Film Productions et distribué par Memento.

Taxi Téhéran ne paye pas de mine : petit sketch sympa d’une heure vingt, tout en clins d’oeil et en dialogues minutieusement orchestrés, il joue avec les attentes du spectateurs en donnant l’illusion de la vérité documentaire. Ça donne des passages vraiment réussis, et des dialogues jouissifs où certains s’entendent dire leurs quatre vérités – comme le client du début qui se voit réciter un argumentaire anti-peine de mort bien senti après une réflexion idiote, ou Jafar lui-même qui reçoit quelques piques de sa nièce. Parfois c’est plus ennuyeux et ça manque de finesse, comme lorsqu’il fait venir une militante des droits de l’homme qui vient déposer une fleur devant la caméra à l’attention du cinéma mondial (séquence ultra kitch qui a du plaire à la Berlinale…). Télérama voit dans le film quelque chose de personnel et de poétique :

Ce dispositif, façon agora itinérante, le ­cinéaste l’emprunte affectueusement à un autre film iranien : Ten (2002), d’Abbas Kiarostami, dont il fut l’assistant. Suites de saynètes saisies sur le vif à bord d’une voiture, les deux films sont pourtant radicalement différents. Là où Kiarostami interrogeait en priorité l’identité et les malaises de son pays, Panahi s’offre avant tout une virée introspective. Sous ses allures de savoureux conte persan — une sarabande de rencontres souvent drôles, parfois terribles ou poétiques, tel ce duo de vieilles dames superstitieuses et leur poisson rouge —, Taxi Téhéran est un autoportrait de l’artiste au volant. […] Mais, à travers chaque personnage, c’est sa propre place de cinéaste, de témoin et de ­créateur que questionne l’homme qui « conduit » le film. Quand il se retrouve complice malgré lui d’un vendeur de DVD à la sauvette, c’est pour mieux rendre hommage aux films interdits de Woody Allen ou Nuri Bilge Ceylan. Quand il offre un « frappuccino » à sa nièce adolescente, c’est pour l’observer se débattre — déjà — avec l’absurde censure imposée par la maîtresse, pour un film scolaire.

Globalement à mes yeux le film ne mérite pas un ours d’or ; amusant sur la forme, il reste politiquement assez peu fouillé. J’y vois plus la facilité d’un exercice amusant et bien mené que la marque d’un vrai chef d’oeuvre.

Laisser un commentaire