The Master

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The Master (États-Unis, 2013), un film de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams. Durée : 2h17. Sortie le 9 janvier 2013, distribué par Metropolitan FilmExport.

Joaquim Phoenix est dans The Master l’incarnation parfaite d’une certaine forme d’alcoolisme, qui prend la forme d’une course avide à l’alcool : il se jette ici littéralement sur les bouteilles, les vide d’un trait, les remplace par les mélanges les plus violents possible, et ne semble percevoir aucun des effets de la boisson sur son comportement. Il vit pour cette seconde après avoir bu où on se sait ragaillardi d’avance par la chaleur à venir, par le confort et l’enthousiasme alcoolique que ne viennent pas encore troubler la confusion des sens ou la gueule de bois du lendemain. Les plis désordonnés de son costume font échos aux creux et saillances de son visage, à la morsure violente que la cicatrice sur la lèvre supérieure renvoie aux autres : ses blessures intérieures sont autant d’insultes à la face du monde, autant de handicaps dans sa manière unique de prononcer les mots en les mâchant. Ces plis annoncent et amplifient le vacillement de sa silhouette, le travers de sa démarche de guingois qui le trimbale avec vacarme à travers les appartements de la « Cause », le désespoir qu’il incarne face à celui dont la rigidité d’esprit lui permet de se maîtriser autant qu’il maîtrise les autres. Son personnage et celui d’Hoffman forment d’ailleurs, dans leur tête-à-tête de voisins de cellules, l’image d’un miroir parfait : quand l’un crie à l’autre qu’il est le seul sur terre à l’aimer, ce sont deux faces d’une même silhouette qui communiquent et hurlent leur abandon commun, l’isolement du traumatisé et celui du bourreau qui se rejoignent.

Le récit s’inspire à l’évidence de l’histoire de la Scientologie, mais la finesse de la réalisation contribue à désamorcer le travers du film à charge dans lequel il aurait pu tomber : la perversité sectaire du groupe se manifeste bien davantage dans la bonhomie physique du « maître » que dans les attitudes simplement respectueuses de ses disciples. Malheureusement The Master souffre de sa longueur, et s’achève assez mollement sur une rencontre et des dialogues mal inspirées.

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