The Square

The Square (Suède, 2017), un film de Ruben Östlund avec Claes Bang, Elisabeth Moss et Dominic West. Durée : 2h22. Sortie France : 18 octobre 2017. Produit par Plattform Films et distribué par Bac Films.

Chronicart a une bonne défense du film :

Voilà donc le véritable trajet de Christian : non pas celui d’un walk of shame américain, d’un déshabillage par la honte devant la communauté des hommes, mais un lent dérèglement physique qui culmine dans une scène d’hallucination auditive. Un homme pas moins sincère que les autres mais qui n’entend plus les indications de mise en scène lui revenant, qui n’écoute plus, regarde mal, et finit obsédé par les gémissements d’un enfant que son comportement a blessé. Un homme qui, en sortant de son rôle social, a risqué de finir prisonnier d’une hantise.  Toute la dernière partie du film voit ainsi la satire se colorer d’une teinte mélancolique inattendue, alors que Christian ne cesse de vouloir réparer l’irréparable. C’est que le point de vue de The Square se déplace graduellement d’une vue sociale vers une autre, plus intime, à hauteur d’enfants. L’hallucination de Christian devient alors celle du film qui se conclut sur le regard d’une petite fille, découvrant l’image de son père à jamais griffée par le monde, comme un comédien ayant chuté sur scène. La misanthropie de Ruben Ölstund n’est donc pas celle d’un juge venu signifier sa haine de l’humanité. Elle est celle d’un satiriste observant les conventions sociales tourmenter les individus dans leur glacis. Malgré l’épaisseur de trait où elle entraîne parfois le film, elle porte en elle la nostalgie d’une innocence mythologique, l’innocence d’un monde délivré du spectacle. Ce puritanisme-là est donc bien l’inverse de ce qu’on prétend y voir : il procède non d’un rabaissement de ses personnages mais d’une critique radicale des conventions sociales qui les broient. L’anti- Haneke, en somme.

Ce passage est juste sur les intentions du film, mais il n’est pas fidèle à ce qui le rend vraiment pénible à regarder : la pauvreté de la réalisation (les plans fixes interminables qui constituent chaque scène en gag), la paresse d’Östlund dans ses dialogues et ses cadrages, et surtout sa façon de gâcher les bonnes idées en les soulignant à l’infini. Sous couvert de déranger, son cinéma cherche en fait surtout une forme d’approbation, de complicité permanente avec les tours qui sont joués aux acteurs. Ce n’est pas de l’innocence mais de la puérilité, une forme d’intention adolescente mal dégrossie.

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