Toni Erdmann

toni-erdmann

Toni Erdmann (Allemagne, 2016), un film de Maren Ade avec Peter Simonischek, Sandra Hüller et Michael Wittenborn. Durée : 2h42. Sortie France : 17 août 2016. Produit par Komplizen Films et distribué par Haut et Court.

Toni Erdmann est peut-être le meilleur film de 2016, une vraie réussite. Le film brille par un intelligence du scénario et de la farce, par une capacité géniale à pousser l’absurde le plus loin possible sans avoir besoin de basculer dans l’explication de texte. Sandra Hüller, avec son visage glacé, trouve un reflet parfait dans le visage de son père, Peter Simonischek aux cheveux hirsute de chien mouillé et qui se grime en permanence avec des dents proéminentes. Le duo est extrêmement touchant et on finit par trouver dans la méthode du père, qui pourrait presque passer pour du harcèlement moral, la seule façon de percer la bulle de solitude dans laquelle s’est enfermée sa fille.

C’est dans le détail que le film creuse sa singularité, et il n’est fait que de ça: détails des situations, détails des affects, des intentions, dont le potentiel de gag est systématiquement dissous sur toutes les gammes du malaise. Le canevas de comédie populaire commandait que le père mette radicalement les pieds dans le plat, et que la fille se consume dans l’embarras face à ses collègues de bureau. Or le film tempère systématiquement ces moments-là: le père amorce une blague, la regrette déjà, poursuit mollement sous le regard inquiet mais poli de l’assistance, veillant à ne pas accabler trop la fille; et la fille en retour se raidit, mais pas tant que ça, balance constamment entre gêne et empathie, entre colère et mélancolie. Chacun, en somme, n’en finit pas d’être déchiré entre l’emprise de ce qu’il est et le souhait de ce qu’il voudrait être, entre ce qu’il devrait faire et ce qu’il n’arrive pas à ne pas faire. Dans l’intervalle se dessine un beau et douloureux portrait de l’amour filial, entièrement déterminé par l’exploration de la honte. Et si le film est bel et bien un récit d’apprentissage pour Ines, c’est au regard de ce sentiment commun à tous les enfants, qui grandissent une première fois en découvrant la honte que leur inspirent leurs parents, et une deuxième en leur pardonnant d’avoir été si peu héroïques, une fois remisées les exigences folles de l’enfance. Le film, à ce titre, ne se conclut pas pour rien dans une maison que l’on vide pour cause de décès, pleine de souvenirs soudain mis à nu: breloques, vieilles boites, foutoir penaud sous la poussière. – Jérôme Momcilovic

Laisser un commentaire