Un chant d’amour

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Un chant d’amour ou Poursuite (France, 1975), un film de Jean Genet avec Lucien Sénémaud et André Reybaz. Durée : 25mn. Produit par Argos Films et distribué par Documentaire sur Grand Écran.

Seul film de Jean Genet, sans paroles ni musique, Un chant d’amour est disponible en intégralité sur Youtube agrémenté d’une bande-son composée pour l’occasion par un certain Simon Fisher Turner, et qui l’accompagne très bien. Genet conçoit le film en 1944 Nico Papatakis mais il faudra du 30 ans pour qu’il passe la censure de l’époque. L’histoire est celle d’un duo de prisonniers, surveillés par l’oeil inquisiteur d’un flic, qui se lancent dans un jeu de séduction à travers les parois de la prison. Tous l’univers de Genet est résumé dans un travail d’érotisation de quelques objets, contraintes devenus symboles sublimes de la transgression : une chaussette percée et un ongle noir, une paille que l’on passe dans le trou du mur pour se faire passer la fumée d’une cigarette, la fameuse grappe de lila (tout droit venue du Journal du voleur) que l’on se passe depuis la fenêtre. Les plans sur la prison sont entrecoupés de scènes baignées d’obscurités, fantasmées autant par les gardiens que par ceux qu’il garde, et où les corps se rencontrent et se touchent enfin. « Que l’on déambule dans les couloirs de la maison d’arrêt, que l’on soit reclus derrière ces barreaux, la masturbation semble être le seul moyen d’expression, le remède à tous les maux, la dernière preuve tangible de l’existence. On frappe son phallus contre les murs, on le touche en marchant, en tournant en rond, on l’exhibe en dansant » (Objectif Cinéma). L’humanité en dit un peu plus long sur la vie du film :

Le décor, représentant des cellules de prison, est campé au premier étage du cabaret La Rose rouge. Les acteurs sont de la bande de Genet à Pigalle. Le jeune tatoué, c’est Lucien Sénemaud, amant et complice de Genet, qui fit son service militaire avec Jean Marais. L’autre, le grand, un Tunisien, est à la fois coiffeur et maquereau. Le tournage a lieu en 1950. La première projection, amputée de toute image sexuelle explicite, organisée par Henri Langlois, a lieu à la Cinémathèque française en 1954. Dix ans plus tard, le film est vu lors d’une projection sauvage à New York, interrompue par une descente de police. En 1975, Un chant d’amour reçoit un prix, que Genet refuse, publiant dans l’Humanité du 13 août une lettre ouverte à Michel Guy, alors ministre de la Culture. Dans ce film pirate (soit sans visa de censure), il y a donc tout Genet, forme et fond compris. Il imagine que deux taulards que sépare un mur de cellule, sous l’oeil fantasmatique du gardien qui les épie par le judas, vivent à l’aveugle le désir qui les tient. Sur ce mur, par un trou minuscule pénètre une paille prélevée sur l’immonde paillasse. Par l’orifice, l’un des deux souffle la fumée de sa cigarette que l’autre inhale, et vice versa. « Ce petit trou reste la métonymie du film. Il manifeste notamment le fait qu’il y a de l’air, ingéré, et que cet air passe de l’un à l’autre », nous dit Carole Desbarat, qui fut directrice des études à la Fémis de 1996 à 2009.

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