Un monde sans femmes

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Un monde sans femmes (France, 2011), un film de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Laure Calamy et Constance Rousseau. Durée : 1h23. Sorti le 8 février 2012, distribué par NiZ.

L’année 2013 aura été celle de Vincent Macaigne, présent partout sur les écrans et salué comme la relève du cinéma français annoncée par les Cahiers du cinéma en début d’année. J’ai maintenant vu une bonne partie de sa filmographie, notamment La fille du 14 juillet, La bataille de Solférino, 2 automnes 3 hivers, Les lézards, Tonnerre, Ce qu’il restera de nous. Il y a eu aussi une série d’enregistrements dans Drôles de drames, l’émission de France Culture, où étaient récités les « Monologues automne-hiver » tirés du film de Sébastien Betbeder, et bien sûr les innombrables articles de presse à son sujet. Dans ce contexte il est intéressant de voir Un monde sans femmes, pour se faire une idée de ce qu’il avait en tête au début de ce marathon, la manière dont son jeu d’acteur a évolué.

Il y a d’abord son corps : un physique un peu épais, une manière de se tenir toujours balourde et mal à l’aise. Le personnage d’Un monde sans femmes est un paroxysme en la matière, avec ses manières de vieux garçon et sa façon de se tenir droit comme un pique en entrant dans l’eau, de ne pas savoir où se mettre. De plus son visage poupin et sa calvitie précoce donnent à Macaigne l’air d’un type attachant et toujours à côté de ses pompes, ce qui sert son jeu de grand traumatisé des relations amoureuses : dans Tonnerre, dans La bataille, en fait partout se joue pour ses personnages un engagement affectif trop fort et naïf, celui d’un Vincent Lacoste de 30 ans qui n’aurait pas fait beaucoup de progrès depuis Les beaux gosses.

Plus rond à ses débuts qu’il ne l’est aujourd’hui, il n’avait pas encore ce trait spécifique du personnage-acteur qui tend toujours vers l’obsession et la folie : la naïveté initiale est toujours une première étape qui débouche sur l’expression d’une violence déraisonnée. C’est ce qui anime sa manière de crier en permanence à s’en casser la voix, ou le recours incongru au flingue au beau milieu de l’histoire ; c’est ce qui donne aussi sa force à la scène interminable de la dispute dans La bataille de Solférino, où les personnages s’écoutent parler et s’enferment dans un ressassement autiste, ou à celle plus brève de Laure Calamy dans Ce qu’il restera de nous.

Un jeu entre l’absurde et l’excès qui lui sied bien, mais tend à le classer parmi ces acteurs-personnages mono-rôles qui fonctionnent au charme et à la sympathie. On va aujourd’hui voir Macaigne comme on irait voir Jean-Pierre Marielle : pour retrouver une bonne connaissance, voir une comédie dramatique sans enjeux qui met tout le monde d’accord.

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