Vaudou

vaudou

I Walked with a Zombie (États-Unis, 1943), un film de Jacques Tourneur avec James Ellison, Frances Dee, Tom Conway et Edith Barrett. Durée : 1h08. Sortie France : 27 septembre 1967. Produit par RKO.

I walked with a zombie s’ouvre sur son propre titre prononcé par Betsy, infirmière qui débarque aux Antilles chez le propriétaire d’une exploitation, dont la femme ne parle plus et vit à peine. Elle découvre rapidement qu’elle est devenue un « zombie », entendu ici comme une personne entre la vie et la mort, qui ne vit qu’à moitié, prise comme d’engourdissement. C’est en fait toute l’île qui est prise dans cette torpeur mortelle, ce qui est annoncé à plusieurs reprises par Paul : au début du film sur les bateau qui les amène (« vous pensez que c’est beau parce que vous ne comprenez pas. (…) Tout meurt, ici, même les étoiles »), ensuite dans le salon quand il fait les présentations face à des chaises vides. Les absents sont chacun pris dans leur propre léthargie : sa femme dans sa transe magique qu’entretiennent les habitants du village, son frère dans l’alcool, sa mère dans la possession jalouse. L’image elle-même est plongée dans l’obscurité, et l’atmosphère est complètement paranoïaque. Critikat :

Comme dans Jane Eyre, dont le scénario s’inspire ouvertement, la maison est à la fois un personnage et une expression de la psyché de ses habitants : ainsi Betsy découvre-t-elle Jessica Holland en somnambule fantomatique dans une tour à l’esthétique expressionniste, lors d’une nuit angoissante. Si les Blancs semblent véritablement soumis à la psychose générée par le décor, les Noirs, en revanche, n’en ont cure. Ils vont et viennent, apparaissent soudainement sans se soucier des murs et des portes : l’endroit est à eux. Le fait que la mère de Wes et Paul partage cette ubiquité est d’ailleurs le premier signe de sa collusion intime avec les Noirs de l’île, tandis que Paul, Wes et Jessica (et, par la force des choses, Betsy) reproduisent le rapport de force créé par leurs ancêtres négriers.

Si les habitants de la maison n’arrivent pas à communiquer entre eux, à l’occasion certains se mêlent en effet aux rites vaudous qu’ils condamnent par ailleurs ; la musique vient régulièrement servir de rappel menaçant de ce lien qui unit les deux univers : les tambours obsédants qui sonnent tous les soirs, et la chanson populaire qui résume le drame familial – procédé gros comme une maison mais génialement efficace.

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