Visite ou mémoires et confessions

Quand, en 1982, le vénérable Manoel de Oliveira tourne secrètement cette Visite, vouée à n’être divulguée qu’après sa mort (survenue le 2 avril  2015, à l’âge de 106  ans), il ne peut pas se douter qu’il lui reste encore trois décennies à vivre et pas moins de 37 films à faire. Le cinéaste traverse alors une crise d’envergure. A 73 ans et avec seulement six longs-métrages à son actif, les dettes le contraignent à vendre la splendide maison de Porto qu’il habite depuis quarante ans avec sa femme, Maria Isabel. Cette demeure chargée de souvenirs est l’objet même, ainsi que le pivot, de ce film autobiographique, sous forme d’un dernier état des lieux avant la banqueroute annoncée. […] Oliveira dresse son arbre généalogique, expose son ascendance bourgeoise, sa foi catholique, ses obsessions (la pureté, la virginité), son attachement à la terre comme à l’histoire du Portugal, rend hommage à sa femme, parle de son incarcération sous la dictature de Salazar, le tout d’un verbe direct, d’une franchise bouleversante. Certains propos passeront pour des archaïsmes (l’homme est né en 1908), mais ils révèlent les principes « rustiques », et finalement traditionnels, d’une œuvre encore trop perçue comme froidement intellectuelle. — Mathieu Macheret, Le Monde

Un film assez touchant sur le rapport d’Oliveira à son travail et à ses proches, qui effectivement tranche avec l’image du personnage et construit un portait de lui comme un artisan, qui patiemment tente de préserver la mémoire des choses autour de lui, à un moment de sa vie où tout semble devoir lui échapper.

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