White Bird

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White bird (États-Unis, 2014), un film de Gregg Araki avec Shailene Woodley, Eva Green et Christopher Meloni. Durée : 1h31. Sortie France : 15 octobre 2014, produit par Gregg Araki et distribué par Bac Films.

Ambiance très Virgin Suicides pour ce thriller de Gregg Araki, dont le programme (découverte de la sexualité, rivalité mère-fille, absence d’un parent) semble sensiblement le même que Kaboom d’après ce que montrait la bande annonce. Ici la tension dramatique est complètement portée par Eva Green, géniale dans son rôle de bonne femme névrosée qui va de plus en plus loin dans l’ennui, la dépression et la moquerie. Le personnage de Shailene Woodley est plus pataud, mais fonctionne bien comme axe de réflexion du film. Louis Blanchot écrit pour Chronicart :

Tout s’y avère une perpétuelle source d’angoisse, jusqu’à dériver en visions d’horreur : l’eau de l’évier est si froide qu’on en perd ses mains ; un congélateur débranché fait tourner la viande, au point de dégager une odeur de cadavre. Aussi, difficile d’expliquer l’étrange disparition de cette mère qui, dès l’ouverture, va s’effacer du récit : fuite ? Kidnapping ? Meurtre ? Reste que cette mère volatilisée, on ne la retrouvera plus qu’enfermée dans la psyché de sa fille, au gré d’une temporalité élastique permettant au film d’émietter ses souvenirs comme des peaux mortes. Jamais plus à l’aise que lorsqu’il s’agit de mêler rêve et réalité, Araki tire idéalement parti de ce storytelling vaporeux et moiré, tout entier déterminé par cette subtile asymétrie de points de vue : en superposant deux trajectoires contraires (une affirmation, un effacement), White Bird fait circuler ensemble le chaud et le froid, la menace et l’inquiétude, la joie et le spleen.

Mais si le film arrive à maintenir un voile d’opacité jusqu’à un finale proprement renversant, c’est que malgré la tragédie crapoteuse qui s’agglomère sous ses pieds, malgré les soupçons et les secrets qui partout autour d’elle se propagent, rien qui ne semble pouvoir brider l’irrésistible ascension individuelle de Kat, rien qui n’empêche cette fleur cernée par la peine et le mensonge de rayonner — sexuellement (avec un beau flic viril), socialement (avec un duo de weird kids irrésistible), intellectuellement (avec une admission à Berkeley). De bout en bout, le film trouve ainsi un équilibre surprenant, tout en parenthèses et désamorçages, loin de la course à la frénésie de la Teenage Apocalypse Trilogy.

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