Bacurau

Bacurau (Brésil, 2019), un film de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Durée : 2h10. Sortie France : 25 septembre 2019. Produit et distribué par SBS.

Très bon film de de Kleber Mendonça Filho après Aquarius que j’avais trouvé moins évident mais qui gagnait à être revu. Ici après une première partie vraiment ricanante et bouffonne (parfois un peu lourde) sur le contexte politique brésilien, on bascule dans le film de genre, à mi-chemin entre wester en revenge movie, c’est jouissif et drôle.

Ne croyez surtout pas que je hurle

Ne croyez surtout pas que je hurle (France, 2019), un film de Frank Beauvais. Durée : 1h15. Sortie France : 25 septembre 2019. Produit par Les Films du Bélier et distribué par Capricci.

Film décevant, nombriliste et complaisant, qui souligne à quel point une partie du milieu de la critique / programmation / réalisation en France tourne en rond et ferait parfois mieux de s’allonger sur un divan plutôt que de passer derrière la caméra.

Tendres Passions

Terms of Endearments (États-Unis, 1983), un film de James L. Brooks avec Shirley MacLaine, Debra Winger et Jack Nicholson. Durée : 2h07. Sortie France : 4 avril 1984. Produit par Paramount.

Film culte, qui joue de plusieurs registres à la fois et n’hésite pas à verser dans le sentiment mais sans tomber dans la niaiserie à l’américaine. Un bon article de Slate sur l’accueil glacial que la critique française a réservé au film lors de sa sortie :

Car il y a plusieurs films dans la première œuvre de Brooks: une comédie, une romance, un mélodrame morbide, un mélodrame maternel dans la lignée de Mirage de la vie de Sirk, un soap opera texan à la Dallas. Les genres classiques débarquent avec leur avatar du petit écran. De quoi déconcerter la critique française au moment de sa sortie en avril 1984, cinq jours seulement avant les Oscars. Reflet du parcours de Brooks, Tendres Passions a une narration télévisuelle, feuilletonesque, très elliptique. Là où il y a ellipse, cut entre l’annonce d’une grossesse et la naissance, il y aurait la place pour une page de pub.

Le «comme dans la vie» (l’imitation de la vie?) qui charme tant Ebert écœure un Serge Daney. Dans Libération, le plus brillant critique de l’époque publie l’impitoyable «Pataugas pour une vallée de larmes», titre où le flamboyant côtoie la vulgarité, titre de mauvais mélo. Tout ce que représente Tendres Passions à ses yeux: «Il est une petite phrase qui résume assez bien une émotion que le cinéma américain, dans ses sagas et ses mélos, ses feuilletons-télé et ses fresques familialistes, a toujours su distiller. Et cette phrase dit à peu près: “C’est la vie”. Tendres Passions n’est que ça: la vie s’obstine à ce point à n’être que la vie que ça en devient obscène.»

Ajoutez à cela le fait que les riches triomphent des pauvres, les parents de leurs enfants. Abject. Réactionnaire. Même réaction négative de la part de Michel Ciment dans Positif: «Médiocre téléfilm, sans style visuel, mélange de comédie boulevardière et de mélodrame dans le pire registre du soap-opera.» Dans Les Cahiers du cinéma, Tendres Passions n’a droit qu’à une notule assassine par l’autre Serge (Toubiana): «Entre la grande mythologie cosmogonique à la Lucas-Spielberg pour grand écran et Dolby, et celle, au rabais, “à la Dallas” (ou en feuilleton familial) pour la petite lucarne, il y a visiblement place pour une voie moyenne, triviale, vulgaire: celle qu’emprunte Terms of Endearment. »

[…] Du point de vue éditorial, c’est La Lettre du cinéma qui aura le plus œuvré pour la reconnaissance du cinéaste. En 2005, alors que Spanglish, sorti quelques mois plus tôt, est ignoré ou méprisé, la revue lui consacre sa couverture et plusieurs papiers dus à Benjamin Esdraffo, Serge Bozon, Emmanuel Levaufre, Gilles Esposito, Axelle Ropert et Camille Nevers. Cette dernière, qui a signé de son vrai nom, Sandrine Rinaldi, son premier film l’an dernier (Cap Nord) est une figure importante de la génération des brooksiens. […] Depuis vingt ans, elle contribue à établir la réputation de Brooks via La Lettre du cinéma, des émissions de radio ou en tant qu’intervenante à deux séances du Thursday Night Live, ciné-club parisien spécialisé dans la comédie américaine contemporaine créé par Sylvain Decouvelaere et Jacky Goldberg. La première séance était consacrée à Spanglish, la deuxième à Comment savoir. Rinaldi était accompagnée de sa consoeur Hélène Frappat, qui a fait ce constat, dur pour ses collègues : « La critique est passée à côté de Brooks parce qu’elle n’est pas au niveau. » « Le public du TNL est plutôt constitué de jeunes spectateurs. Les deux séances se sont extrêmement bien passées, raconte Jacky Goldberg. Tous ceux qui ont participé ont été sidérés par Spanglish et Comment savoir. Aujourd’hui, quand on parle de Brooks à un jeune qui aime la comédie, son nom impose le respect. C’était beaucoup moins le cas il y a deux ans. »

On constate en effet depuis 2011, année de la sortie de Comment savoir, une réhabilitation de Tendres Passions par une nouvelle génération de spectateurs et de critiques.

Jeu de société

Jeu de société, David Lodge, 1988, Payot et rivages

Livre drôle et tendre, très dans le style de Lodge, avec des personnages explicitement inspirés de Dickens et Gaskell, qui se moque gentiment de la société anglaise et de ses jeux de classe.

I love you Phillip Morris

I Love You Phillip Morris (États-Unis, 2009), un film de Glenn Ficarra et John Requa avec Jim Carrey, Ewan McGregor et Leslie Mann. Durée : 1h36. Sortie France : 10 février 2010. Produit et distribué par EuropaCorp.

Super comédie qui part d’un destin personnel hors-norme, taillé sur mesure pour Jim Carrey. Par ailleurs une comédie gay grand public et réussie, ce qui est assez rare pour être souligné.

Roubaix, une lumière

Roubaix, une lumière (France, 2019), un film d’Arnaud Desplechin avec Roschdy Zem, Léa Seydoux et Sara Forestier. Durée : 1h59. Sortie France : 21 août 2019. Produit par Why Not Productions et distribué par Le Pacte.

Plutôt agréablement surpris par ce nouveau Desplechin, avec Roschdy Zem très bon en inspecteur bien ancré dans son territoire, même si flanqué d’un acolyte (Antoine Reinartz) apprenti inspecteur un peu too much qui lit Levinas sur son temps libre et fait des envolées lyriques en voix off. La plus grande surprise vient quand même du duo Seydoux-Forestier : la bande-annonce laissait présager le pire mais l’écriture des dialogues est assez intelligente, et le jeu naturellement cassant de Léa Seydoux va très bien à son personnage et à son jeu d’aller-retour avec celui, plus fragile, de Forestier. Desplechin ne cherche pas vraiment à faire un film policier, il assume de raconter autre chose et de rentrer dans un jeu méta avec ses acteurs et de leur faire porter ses obsessions personnelles (la religion notamment), le film s’en porte plutôt bien.