Moonrise

Moonrise (États-Unis, 1948), un film de Frank Borzage avec Dane Clark, Gail Russell et Ethel Barrymore. Durée : 1h30. Reprise France : 27 novembre 2019. Produit par Republic Pictures Corporation et distribué par Théâtre du Temple.

Seul film noir d’une filmographie portée sur la passion et ses tourments, Moonrise (1948) est sorti en France en 1950 sous le titre plus prosaïque du Fils du pendu. Dans un bref prologue, on assiste à l’exécution du père en quelques plans très stylisés, alors que le fils n’est encore qu’un bébé. L’ombre portée d’un hochet suspendu au-dessus de son berceau annonce la malédiction qui pèsera sur l’enfant du condamné à mort. Ledit fils devient vite le souffre-douleur de ses camarades, qui passent leur temps à le molester en lui rappelant que son père fut un criminel.

Devenu adulte et toujours persécuté pour les mêmes raisons, le héros finit par tuer accidentellement l’un de ses bourreaux. Il exorcise ainsi son passé en commettant un crime qui reproduit celui de son père. Il passera le reste du film en fugitif, à la fois libéré et rongé d’une nouvelle culpabilité. Dans leur fameux dictionnaire des réalisateurs (50 Ans de cinéma américain), Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, grands admirateurs de Borzage, ne sont pas tendres avec cette œuvre tardive : « Le déterminisme comme le fatalisme qui imprègnent tout le film laissent une sensation pénible. »

Jérémie Couston, Télérama

Prins

Prins (2019) de César Aira, Bourgeois

Y a-t-il une vie possible après la littérature ? Rien n’est moins sûr, à en juger par le nouveau roman de l’écrivain argentin César Aira. Son protagoniste, un auteur de romans gothiques à grand succès, a décidé d’arrêter d’écrire. Il est conscient de la « faible qualité » de sa production, qu’il juge être un « ramassis déplorable », à mille lieues de ses ambitions littéraires initiales. Mais comment meubler le temps laissé libre par cette retraite anticipée ? C’est dans l’opium que l’homme croit trouver son salut, non pas tant pour les vertus créatives de cette drogue que pour ses effets, plus terre à terre, sur la dépression. Son périple, dans les rues de Buenos Aires, à la recherche du précieux stupéfiant, va le conduire à faire d’étranges rencontres : un certain « Huissier », dealer et gardien d’une boutique nommée « l’Antiquité », ainsi qu’une mère au foyer, Alicia, croisée dans un bus, qui rappelle au narrateur un amour de jeunesse.

Mêlant à loisir roman policier et fantastique, César Aira s’inscrit, avec un plaisir du jeu communicatif, dans la lignée de Jorge Luis Borges (1899-1986), son maître en littérature. Tout comme dans une des nouvelles de Fictions (1944), où un certain Pierre Ménard se contentait de retranscrire Don Quichotte à l’identique, le protagoniste d’Aira doit sa gloire littéraire et son immense fortune au fait d’avoir recopié mot pour mot les classiques de la littérature gothique. Mais si l’auteur se rit de ce genre et surtout de ses motifs imposés (château, jeune fille emprisonnée, spectres…), c’est pour mieux le ressusciter au sein même de son histoire, dans une pirouette aussi drôle que vertigineuse.

Ariane Singer, Le Monde

La Griffe du chien / Cartel

La Griffe du chien (Don Winslow, 2007), Cartel (2015), Points

Publié aux Etats-Unis en 2005, deux ans plus tard en France, La Griffe du chien, de Don Winslow (Fayard), fait partie de ces romans qui ont formé, peu à peu, une confrérie prosélyte. Entre lecteurs, cette Griffe vaut reconnaissance. A la complicité s’ajoute – ils le savent – un socle d’expériences communes. La Griffe du chien, de fait, marque. Et son empreinte est double, car en voici la suite inespérée, Cartel. Un polar, un roman noir, une œuvre qui connaîtra, à n’en pas douter, le même chemin dans le cœur des lecteurs. Un sillon rouge sang, avouons-le.

Autre aveu : Cartel est davantage qu’une suite, aussi fidèle et magistrale soit-elle. C’est un autre monde. Au Mexique, la guerre entre narcotrafiquants a pris une nouvelle dimension. Un pas, non, un saut dans l’horreur, a été franchi depuis la fin de La Griffe du chien, courant de 1970 à l’an 2000.

Certes, de l’hécatombe d’hier ont survécu les deux protagonistes ­principaux : le narcotrafiquant mexicain, Adan Barrera, et Art Keller, le flic de la Drug Enforcement Administration (DEA) – l’unité antidrogue aux Etats-Unis –, autrefois amis, aujourd’hui ennemis jurés. Tant d’autres apparaissent, d’un bout à l’autre de Cartel, tout aussi inoubliables : Paco, le journaliste intègre, Marisol, médecin dévouée aux pauvres, Chuy, l’enfant-soldat polytraumatisé, Magda, ex-reine de beauté et habile femme d’affaires qui s’impose dans le milieu très macho des narcos, Eddy Ruiz, jeune dealer texan, Ochoa, le parrain psychopathe, à la tête d’une bande de miliciens…

Par leurs destins liés, ils offrent un point de vue panoramique et forment un nœud gordien.

Macha Séry, Le Monde

Découvert au hasard d’une notification du Monde sur la sortie du tome 3, ces deux premiers tomes sont vraiment prenants. L’écriture de Winslow est très énergique, très documentaire aussi – il allonge des tonnes de statistiques, de lieux et de faits, pour la plupart inspirés de faits réels, et qui donnent le vertige sur l’ampleur du pouvoir acquis par les cartels au Mexique, dans leurs diverses formes au fil du temps, depuis les années 80 jusqu’à la présidence Obama – et bientôt celle de Trump avec le dernier tome.

J’ai perdu mon corps

J’ai perdu mon corps (France, 2019), un film de Jérémy Clapin avec Hakim Faris, Dev Patel et Victoire Du Bois. Durée : 1h21. Sortie France : 6 novembre 2019. Produit par Xilam et distribué par Rezo.

Plutôt heureusement surpris, alors que le battage médiatique autour du film laissait présager une déception. Ce n’est pas vraiment un film « pour toute la famille », il s’adresse assez explicitement au jeune public alors que sa sortie marketing ne le laissait pas deviner. L’animation est vraiment de très bonne qualité, mais les dialogues et le scénario n’ont pas grand chose à offrir. Heureusement la musique est bien composée donc l’ensemble se tient.

Les Misérables

Les Misérables (France, 2019), un film de Ladj Ly avec Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djebril Didier Zonga. Durée : 1h42. Sortie France : 20 novembre 2019. Produit par Srab Films et distribué par Le Pacte.

Les Misérables nous fait débarquer en banlieue pour un petit tour de manège, et nous présente les acteurs en présence avec lourdeur : les mômes du quartier, les flics, les barbus qui tiennent le kebab, les roms avec leur cirque, bref ce côté pittoresque est assez condescendant dans un sens comme dans l’autre, surtout parce qu’il est vu à travers les yeux de Damien Bonnard, sorte de mister nobody quadragénaire bedonnant débarqué de sa province et tombé chez les fauves, qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, incarnant le regard du spectateur parisien à qui on explique la vie. Le reste du film sera à l’avenant, jusqu’à basculer dans le riot porn sur la fin, avec des images très clip de rap, où se fait plaisir à montrer des flics se faire caillasser et des gamins hauts comme trois pommes se montrer autant si ce n’est plus violent que leurs aînés. Le film n’est ni vraiment centré sur l’impunité des violences policières ni vraiment sur la misère sociale des banlieues, c’est encore moins un remake de La Haine ou un film « rassembleur » comme se plaît à le décrire le réalisateur, c’est un film fourre-tout où on a globalement l’impression d’être un peu pris pour un âne.

Basket Case

Basket Case (États-Unis, 1982), un film de Frank Henenlotter avec Kerry Ruff, Robert Vogel et Ruth Neuman. Durée : 1h31. Produit par Basket Case Productions.

Comédie / film d’horreur à la mise en scène cheap au possible, je ne suis pas sûr de saisir ce qui en fait un film culte.