Paranoïa

Unsane (États-Unis, 2018), un film de Steven Soderbergh avec Claire Foy, Joshua Leonard et Amy Irving. Durée : 1h38. Sortie France : 11 juillet 2018. Produit par Extension 765 et distribué par Twentieth Century Fox France.

Le fameux film de Soderbergh tourné à l’iPhone est réussi, l’image n’est pas incroyable mais ce n’est vraiment pas indécent. L’essentiel repose tout de même sur la performance de Claire Foy qui est géniale. Le scénario a aussi le bon goût de ne pas prolonger jusqu’à l’épuisement l’incertitude autour de la santé mentale de l’héroïne, et de trancher dans le vif à peu près à la moitié du film, ce qui permet de basculer ensuite dans la terreur plus basique mais efficace.

Egg

Egg (France, 2018), un film documentaire animé de Martina Scarpelli. Durée : 11mn. Produit par Miyu Productions.

Mon court Miyu préféré à ce jour. Egg est une évocation très réussie de l’anorexie à travers la mise en scène d’une jeune fille prise au piège d’un cube. Jouant avec la transparence des lignes et des espaces, la flexibilité des courbes du corps et avec un œuf, parfaitement rond et blanc qu’elle ingère puis tue en elle, image de l’appétit et du désir mais aussi objet de répulsion et de dégoût, le film exprime très bien l’ambivalence des sentiments et des pulsions que soulève la maladie mentale.

L’après midi de Clémence

L’après-midi de Clémence (France, 2017), un film de Lénaïg Le Moigne. Animation à la pierre noire et crayons de couleur. Durée : 10mn. Produit par Miyu Productions.

Très belle technique d’animation au crayon, avec un recours à la couleur par petites touches. Le travail sur le son est aussi très chouette.

La jeune fille sans les mains

La jeune fille sans mains (France, 2016), un film de Sébastien Laudenbach avec Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm et Philippe Laudenbach. Durée : 1h13. Sortie France : 14 décembre 2016. Produit par Les Films Sauvages et distribué par Shellac.

Splendide animation dans ce premier long de Sébastien Laudenbach.

La Jeune fille sans mains est l’adaptation d’un conte de Grimm, et l’on retrouve dans ce film un grand respect des archétypes narratifs du genre : une héroïne pure, des épreuves, un méchant, les forces du destin et une morale finale. Ici, pas d’ironie contemporaine ou d’origin story. Le conte, et rien que le conte : le fil du récit est suivi avec une telle simplicité que le résultat finirait presque par manquer de surprise… s’il n’y avait pas un impressionnant travail graphique pour le mettre en valeur. A plus d’un titre, le travail d’animation ici à l’œuvre est complètement à rebours de la majorité des dessins animés contemporains. Peint intégralement sur papier, avec des formes esquissées d’un trait léger, le film rappellerait presque davantage la calligraphie japonaise. Si l’on faisait des arrêts sur image (ce qui est souvent tentant), on aurait sans doute l’impression de se retrouver avec des demi-silhouettes plutôt que des formes pleines et finies: une simple tache de couleurs, quelques traits épars… ces images sont audacieuses car parfois quasi-abstraites. Car en réalité, ce ne sont pas tant les dessins en eux-mêmes qui racontent ici l’histoire que le mouvement-même des images : une fois animées, les traits se mêlent, se complètent, les couleurs se déplacent. En seulement quelques coups de crayon furtifs (et grâce à un vrai sens du détail), le Diable change de visage, l’héroïne reprend son destin en main, les personnages évoluent et le récit avec. Pour un peu, on pourrait presque se passer des dialogues, tant le film fait confiance au pouvoir narratif des images. — Gregory Coutaut, Film de Culte

5 ans après la guerre

5 ans après la guerre (France, 2017), un film de de Sam Albaric et Quart avant poing (Ulysse Lefort et Martin Winklund). Animation numérique 2D et 3D. Durée : 17mn. Produit par Miyu Productions.

Début d’exploration du catalogue Miyu avec ce court animé par le collectif génial Quart avant poing. 5 ans après la guerre suit le questionnement d’un homme sur ses origines et la construction de son identité face à l’absence de son père. Un passage en live action au milieu du film, où il le retrouve, est très bien amené et rend la séquence émouvante, ce qui n’empêche pas ensuite de rebasculer dans des passages clipesques bien déconnants.

La Chamade

La Chamade (France, 1968), un film d’Alain Cavalier avec Catherine Deneuve, Michel Piccoli et Roger van Hool. Durée : 1h43. Sortie France : 24 avril 2003. Produit par Les Films Ariane et distribué par United Artists.

Bien sûr, la première chose qui nous charme c’est la présence de Catherine Deneuve, absolument délicieuse dans son rôle de petite bourgeoise sûre de sa beauté et de son charme qui papillonne dans un monde tout de futilité. Cavalier réalise de très belles images de son visage, de la lumière qui caresse ses cheveux blonds, jouant sur l’artifice du cinéma et sur les éclairages précieux de Pierre Lhomme pour rendre l’actrice encore plus divine qu’à l’accoutumée. On se régale de sa grâce, de ses poses, et à ses côtés on se laisse porter par la frivolité de l’ensemble, par la petite musique tendrement ironique et légère du film. […] On sent que le cinéaste, même s’il n’est pas totalement concerné par ce thème et va même en glisser la critique dans le film, est tout de même pris par l’ambiance raffinée et toute en élégance qu’il installe : les décors luxueux, le charme des acteurs (dont sa compagne Irène Tunc), la grâce de Catherine Deneuve… Cavalier est très sensible à la beauté et il trouvera dans ses films plus tardifs d’autres façons plus subtiles de la capter, et surtout il s’attachera à des beautés bien moins artificielles que celles dont il s’enivre ici.

[…] L’aspect le plus intéressant du film est celui où Cavalier s’attache à l’impossible amour de Lucile et Antoine. Où comment d’une séquence elliptique montrant Lucile et Antoine pris par le tourbillon d’un été où tout semble possible, on en vient à un quotidien où il n’y a plus que des non-dits et des rancœurs. La façon dont le cinéaste montre dans ce laps de temps leur complicité s’étioler, leur amour s’évanouir, concentre habilement les enjeux sous-jacents de son film et n’est pas sans être pour lui une manière d’évoquer sa propre relation difficile avec Irène Tunc.

Lucile croit en l’amour, moins au partage. Elle est persuadée que si Antoine l’aime, alors il devrait l’accepter telle qu’elle est : insouciante et libre. Elle essaye un temps de se “sacrifier” – aller s’enterrer dans les archives d’un journal pour gagner sa vie, prendre le bus – pour plaire à Antoine mais très vite se convainc qu’elle n’a pas besoin de faire semblant pour que le jeune homme l’aime. La façon dont Charles la dorlotait a agi sur elle comme un élixir : habituée à être aimée pour sa légèreté, elle ne peut voir que s’il n’y a pas dans l’amour un pas vers l’autre, alors il n’y a que de l’idolâtrie. Lucile a en fait une vision toute théorique de l’amour et elle n’arrive pas à éprouver de réelle passion. Elle sent un profond vide sous elle et son histoire avec Antoine est une tentative – vouée à l’échec – de vivre un amour véritable. Le film devient alors assez triste, mélancolique, la solitude étant l’état où semble condamnée à vivre Lucile. Sa vie n’est fondée que sur les apparences et, en contrecoup, les relations qu’elle peut entretenir avec autrui ne sont qu’illusions. Rien de vrai ne peut advenir et elle est comme un mannequin en papier glacé sur la couverture d’un magazine de luxe : belle à mourir, irréelle, intouchable. C’est ainsi d’ailleurs que la considère Charles : comme un bibelot luxueux qu’il ose à peine toucher. Michel Piccoli se révèle d’ailleurs très à l’aise dans le rôle de cet homme qui, sans toutefois tomber dans l’obsession, enferme à force d’attention et de respect l’objet de sa passion dans une vitrine.

[…] Le cinéaste enchaîne avec une autre séquence où Charles et Lucile rentrent en voiture et qui montre combien ses personnages sont prisonniers des apparences. On entend leurs pensées, leur trouble, leurs doutes, mais dès qu’ils prennent la parole c’est pour dire tout autre chose, pour cacher leurs émotions, pour taire leur vérité. On doit un autre très beau passage du film à Irène Tunc, une scène dialoguée qu’elle écrit et où l’on devine qu’elle parle de son couple, véritable trouée dans le récit, insert de réel dans la fiction qui annonce un peu ce vers quoi va tendre le cinéma de Cavalier. Il y a également d’autres images de son œuvre à venir et qui sont ces plans où il s’attarde sur les mains, sur des gestes. Ainsi, les seuls moments vrais entre Lucile et Antoine passent par leurs corps et non par des paroles forcément fausses et, déjà, Cavalier excelle à les mettre en scène. — DVD Classik, Olivier Bitoun