2/Duo

2/Duo (Japon, 2012), un film de Nobuhiro Suwa avec Yu Eri, Hidetoshi Nishijima et Otani Kenjirô. Durée : 1h30. Sortie France : 31 octobre 2012. Produit par Bitter Ends et distribué par Capricci.

Le cinéma de Suwa se dessine comme une série de variations sur les mêmes thèmes (avec, au centre toujours, le couple), et les mêmes motifs (la séparation, et le fameux slash, “/”, qui coupe régulièrement en deux les titres). 2/Duo ne fait pas exception. On y entre de plain-pied dans la vie d’un jeune couple tokyoïte. Lui, un acteur qui peine à percer, un peu narcissique, un peu pathétique. Elle, une vendeuse de vêtements pimpante, qui entretient son Jules et tire de cette situation une certaine fierté. Suwa les montre dans des situations banales, préparant le dîner, jouant comme des enfants sur le lit… Mais les longs plans-séquences dans lesquels il les filme, qui permettent d’éprouver l’écoulement du temps, les rendent immédiatement vivants, attachants. Formidablement présents.

Que se passe-t-il dans le film ? A peu près rien. Et tout, en même temps. Une révolution. Le passage d’un monde – le couple -, à un autre dans lequel celui-ci s’est dissous. Une phrase prononcée par le garçon va rompre l’équilibre sur lequel reposait l’alliance des deux amants, et précipiter la rupture.

[…] Tout un faisceau de signes permet de reconnaître un film de Suwa. Pour autant, aucun ne se ressemble. Car ils sont tous le fruit d’une grande aventure dont le maître mot est “altérité”. 2/Duo, par exemple, fut inspiré par l’actrice principale, Makiko Watanabe, que le cinéaste avait découverte l’année précédente alors qu’il tournait un téléfilm. Dans Un couple parfait, il confiera le scénario à ses acteurs, Valeria Bruni Tedeschi et Bruno Todeschini, et à sa chef opératrice, Caroline Champetier, laquelle avait déjà joué un rôle de premier plan dans H/Story.

Pour Yuki et Nina, c’est encore une autre histoire : il a proposé à l’acteur français Hippolyte Girardot de coréaliser avec lui. Dans cette démarche collaborative, les récits minimalistes et “universels” de Suwa ont une qualité secrète : ils peuvent être investis par à peu près n’importe qui, et à peu près n’importe quel type d’histoire. Ecrire des films si personnels qui absorbent en même temps l’univers des autres n’est pas une petite prouesse. La démarche fait penser à celle de Resnais (ce n’est pas un hasard si H/Story est une adaptation d’Hiroshima mon amour). La forme, toute en rupture, jump cuts, faux raccords, évoque Godard. 2/Duo est directement inspiré de Vivre sa vie, confirme l’intéressé. Ce qui n’empêche pas en le voyant de penser au Mépris.

Plus généralement, Suwa identifie sa démarche à celle de la Nouvelle Vague, à sa liberté. “Pour moi un film n’est pas quelque chose de figé, c’est une fenêtre ouverte sur le monde. Grâce à ces cinéastes, j’ai trouvé le courage de tourner ce film comme une sorte de reportage, de croire dans le fait que mon idée allait trouver sa forme pendant le tournage.” Après s’être échiné six mois sur un scénario qu’il a fini par jeter à la poubelle, il a tourné 2/Duo à partir d’un simple synopsis. Fort de cette expérience, il a décidé qu’il ne ferait plus jamais de scénario. Quitte à s’attirer des ennuis.Plus personne ne veut produire mes films au Japon.” Ses derniers longs-métrages l’ont été en France, mais non sans mal. “Dans ce pays qui a engendré la Nouvelle Vague, la première chose qu’on m’a demandée, c’était un scénario. Je suis tombé des nues.”Le Monde