Climax

Climax (France, 2018), un film de Gaspard Noé avec Sofia Boutella. Durée : 1h35. Sortie France : 19 septembre 2018. Produit par Artémis Production et distribué par Wild Bunch.

Nouveau Gaspard Noé avec réussi, même si tout ne se vaut pas. Dans la première partie il filme des danseurs mais c’est très poussif, il n’en tire rien d’intéressant alors qu’ils sont très bons. Un dialogue retranscrit sur Independencia traduit bien ça :

YA : Il y a comme des couches de musique. Ce à quoi j’ai pensé, par rapport à cette première partie que je n’ai pas vue, c’est qu’il manque au film un rendez-vous. J’ai pris la navette pour la fête de la Quinzaine avec la bande des danseurs, et j’ai vraiment vu leur corps autrement que dans le film, et j’ai commencé à imaginer ce que j’avais manqué. Je me suis dit : merde, j’ai manqué un film de danse avec une belle troupe, qui dégage une belle énergie… Il me semble que ce rendez-vous est manqué parce que, comme d’habitude, Noé est trop préoccupé par son projet plastique et musical. Il ne laisse pas la possibilité à ces corps de s’emparer de son dispositif à lui et de le polluer, pour laisser le climax advenir par eux. Le film est sur-préparé, surcadré, et même trop monté…

HP : Comment est-ce qu’il filme la danse ? Quand tu dis qu’il ne laisse pas les corps s’approprier le film…

VB : La caméra tourne beaucoup autour. C’est le problème du cinéma de Noé, c’est quelqu’un qui regarde très peu les corps. Il est très voyeuriste et va chercher à plier ces corps à sa logique du pire plutôt que de les laisser vivre. Là où le film devient problématique, dès sa partie dansée, c’est qu’il y a un systématisme dans la manière de filmer la piste de danse d’un point de vue vertical, en écrasant toute la perspective.

YA : C’est un peu une version trash de Busby Berkeley, avec ces filles qui font une fleur qui s’ouvre en vue verticale… On retrouve beaucoup cet effet avec des plongées totales, pour que les corps dans l’espace créent une chorégraphie en plus de celle de la danse. Mais Noé ne croit qu’à l’œil de la caméra, comme Berkeley enchaînait les danseuses et alignait les jambes pour aboutir à une forme purement visuelle, géométrique. Le rythme vient du cinéma et pas du corps. C’est la différence entre Gene Kelly qui est un vrai chorégraphe et un chorégraphe qui n’est qu’un chorégraphe de l’œil, comme Berkeley. Noé ne travaille lui aussi qu’avec l’œil : il est obsédé par ce que lui voit et ne laisse pas de chance d’être surpris par ce qu’un corps peut apporter dans l’image. — Hugo Paradis, Victor Bournerias, Yves Attenant, Independencia

La deuxième partie, celle du bad trip, est beaucoup plus réussie et virtuose. Noé reprend sa caméra flottante mais délaisse un peu les effets trop lourdingues (les plans à l’envers notamment, qui reviennent à la toute fin), pour se concentrer sur la dynamique des acteurs, le passage de relai entre eux, et la montée en puissance de la sauvagerie. Le film n’a, comme ses autres longs métrages, rien de spécial à dire, c’est un cinéma de jouisseur qui affirme des formes inédites de tournage et de montage. C’est un projet somme toute modeste, vers lequel il progresse de film en film, selon un exercice désormais rôdé et qui ne change plus beaucoup. Ça reste une expérience sympathique.