Cold War

Zimna Wojna (France, 2018), un film de Pavel Pawlikowski avec Joanna Kulig, Tomasz Kot et Jeanne Balibar. Durée : 1h24. Sortie France : 31 octobre 2018. Produit par MK Film Productions et distribué par Diaphana.

Après le splendide Ida, Pawlikowski ne déçoit pas et confirme son incroyable talent de metteur en scène. Cold War est à mes yeux le meilleur film de la compétition, et plus généralement du festival cette année, et de loin. La première partie (à commencer par la séquence d’ouverture sur des chants populaires polonais) est à l’évidence plus réussie que la seconde, qui se déroule à Paris et voit passer Jeanne Balibar et Cédric Kahn comme des cheveux dans la soupe. La musique est très belle, elle porte le récit autour qu’elle constitue un point d’ancrage pour ce dernier. Le duo d’acteurs est sublime et Joanna Kulig a un vrai potentiel de star de cinéma.

Avec Cold War (Zimna Wojna) Pawel Pawlikowski renoue avec le formalisme de Ida, le précédent succès international du réalisateur : noir et blanc, maniaquerie des cadres, format 1.37. Mais il insuffle à ses procédés stylistiques une sensualité et une fièvre nouvelles. Cold War appréhende la tourmente de la grande Histoire sous un angle intimiste et elliptique, en ne retenant d’une décennie que des instants arrachés au temps et à la guerre froide d’un couple d’amants illégitimes séparés par le mur de Berlin. Wiktor décide de partir vivre à l’ouest tandis que Zula choisit de rester en Pologne où une carrière de chanteuse officielle lui sourit. Le pianiste s’abime dans une existence délétère en composant de la musique de film ou en jouant dans les clubs de jazz à Paris, tandis que l’amour de sa vie noie son chagrin dans la vodka. Pawlikowski transcende les clichés en refusant les violons d’une grande fresque, ou les épanchements d’un drame psychologique. Son film dure moins de 90 minutes, et se concentre sur des étreintes furtives, des séparations, des crises et des retrouvailles. Sa mise en scène est moins statique que dans Ida, et suit les mouvements charnels et syncopés de ses amants désastreux. La beauté de Cold War doit beaucoup à sa direction artistique virtuose et stylisé, à ses choix musicaux en symbiose avec les différentes atmosphères du film. Mais nous resterions à la surface des émotions si n’y avait deux acteurs sublimes pour porter Cold War vers quelque chose d’indicible, comme un haïku mélodramatique. Joanna Kulig est inoubliable en chanteuse éperdue d’amour mais prisonnière de ses contradictions et de ses faiblesses, Tomasz Kot incarne avec une intensité rentrée une idée précise et juste de la masculinité. L’amour jusqu’à l’épuisement. Le don de soi jusqu’à la mort. Le feu brûle sous la glace de Cold War. — Olivier Père