Daphné

Daphne (Royaume-Uni, 2016), un film de Peter Mackie Burns avec Emily Beecham, Geraldine James et Tom Vaughan-Lawlor. Durée : 1h33. Sortie France : 2 mai 2018. Produit par Altitude Films et distribué par Paname Distribution.

Daphné, cuisinière dans un restaurant le jour, boit beaucoup et prend de la coke la nuit. Elle drague les hommes comme un mec, couche avec le premier venu, pratique un humour acerbe et se revendique cynique. Pourtant, tout le monde aime cette belle rousse aux yeux bleus, un peu garçonne, qui considère l’amour comme une illusion à laquelle elle ne compte pas succomber. Même sa mère, atteinte d’un cancer, adepte de yoga et de bouddhisme, fait cruellement les frais de sa misanthropie. L’attitude revêche de Daphné consiste à fuir tout ce qui pourrait la réduire à l’état d’amie, de copine, de fille, de femme dépendante de qui que ce soit. Mais sa conception de l’existence basculera imperceptiblement lorsqu’elle sauvera la vie d’un homme lors d’un violent braquage. Après quoi, il lui faudra tout un film pour admettre qu’elle est meilleure qu’elle ne le croit.

Daphné est donc un portrait, reposant avant tout sur les épaules de son personnage et de l’actrice qui l’interprète merveilleusement, Emily Beecham – sorte de croisement entre Vanessa Redgrave et Gena Rowlands. Mais cette jeune femme serait sans doute très irritante si elle n’était filmée avec tant de tact par un cinéaste qui, ne renchérissant jamais sur ses excès, sait la regarder, et donc nous la donner à voir, avec une attention et une douceur qu’elle se refuse à elle-même. Ancrant son récit dans le Londres cosmopolite du quartier d’Elephant and Castle, il échappe au tout-venant du naturalisme à l’anglaise par une mise en scène tenue et économe, délicatement attentive aux lumières, à l’harmonie des couleurs. — Marcos Uzal, Libération