High life

High Life (France, 2018), un film de Claire Denis avec Robert Pattinson, Juliette Binoche et André Benjamin. Durée : 1h51. Sortie France : 7 novembre 2018. Produit par Pandora Film Produktion et distribué par Wild Bunch.

Pas véritablement déçu par le film qui a beaucoup de qualités, mais force est de constater qu’il a des problèmes de rythme et de longueur.

Ultime pas de côté qui s’apparente à un saut dans le vide : High Life n’est pas un film de science-fiction. Ou alors si, mais une science-fiction terre à terre, à l’école des maîtres du genre, d’Isaac Asimov à Philip K. Dick : réaliste, donc visionnaire. Le film ne met en scène le futur que pour parler de notre présent où, déjà, la haute technologie cohabite avec la grande misère, économique, politique, affective. Pour reprendre le titre d’un film antérieur de Claire Denis, tout ce qui nous trouble every day, dont, entre autres, le paradoxal bien commun de notre immense solitude. Dans High Life, zéro gravity mais un maximum de gravité.

Quand on lui parle, référence fatale, du 2001 de Kubrick, Claire Denis répond Stalker de Tarkovski. High Life n’est pas une odyssée de l’espace avec boucan wagnérien afférant, mais un corollaire de L’Enfer de Dante, accompagné par les mélopées de Quand on lui parle, référence fatale, du 2001 de Kubrick, Claire Denis répond Stalker de Tarkovski. High Life n’est pas une odyssée de l’espace avec boucan wagnérien afférant, mais un corollaire de L’Enfer de Dante, accompagné par les mélopées de Stuart A. Staples (des Tindersticks). Les passagers du vaisseau numéro 7, tous des assassins condamnés à mort, ont accepté, en échange de leur liberté conditionnée, d’être les esclaves volontaires d’une expérience qui oscille entre la quête d’une source d’énergie inédite et la recherche contrainte de nouvelles formes de reproduction. L’enfer est à eux. Ou plutôt, comme dans le poème de Dante, le vestibule de l’enfer, une porte qui parle et nous dit : “Par moi l’on va dans l’abîme des douleurs ; par moi l’on va parmi les races criminelles.” Et lorsqu’un enfant paraît au terme d’une insémination qui tient plus du viol que de la PMA, son avenir semble lui aussi se dépêcher vers une ligne d’horizon apocalyptique. Noir c’est noir, comme le trou dont s’approche dangereusement le vaisseau numéro 7.

Gérard Lefort, Les Inrocks