L.627

L.627 (France, 1992), un film de Bertrand Tavernier avec Didier Bezace, Jean-Roger Milo et Charlotte Kady. Durée : 2h25. Sortie France : 9 septembre 1992. Produit par Little Bear et Les Films Alain Sarde.

Excellent polar au réalisme saisissant sur les conditions de travail de la brigade des stups, à Paris dans les années 90. Les dialogues sont excellents et le casting modeste mais efficace.

Paris, 1992. Lucien Marguet, dit Lulu, ne vit que pour son métier d’inspecteur de police, et n’hésite pas à recadrer ses supérieurs lorsque ceux-ci font preuve d’incompétence. Mal vu, il est muté, et finit par atterrir à la brigade des stupéfiants. Lucien rejoint une équipe soudée, partagée entre “bons” et “mauvais” flics. De jour en jour, il s’englue dans le quotidien sordide de la brigade, entre planques interminables, gardes à vue et visite des “cousins”, toxicos et prostituées qu’il protège en échange de renseignements dérisoires. Le titre du film, L. 627, désigne l’article du Code de la Santé publique qui réprime toutes les infractions liées à la détention, au trafic, à la consommation de stupéfiants. Il ancre d’emblée le propos de Tavernier dans un contexte réaliste et presque documentaire, en optant pour le point de vue de Lucien Marguet surnommé Lulu (excellent Didier Bezace), policier de terrain passionné par son métier. Comme dans certains de ses longs métrages précédents à connotation sociologique le cinéaste se veut un sismographe de son temps et le film, fruit d’une longue préparation en immersion au sein de la 1ère DPJ et coécrit par un ancien enquêteur de la « brigade des stups », Michel Alexandre, dresse en premier lieu un constat effarant sur les conditions de travail de la police dans la France du début des années 90, entre manque cruel de moyens matériels, de coordination et de directives. Lors de la sortie de L.627 Paul Quilès alors Ministre de l’Intérieur provoqua un vive polémique en reprochant à Bertrand Tavernier de « dire des choses injustes et fausses. » Il n’en fallait pas plus pour finir de convaincre les principaux intéressés qu’ils avaient frappé fort et juste et pointant les dysfonctionnements de la magistrature et en dressant le portrait d’un flic honnête et obstiné parfois en butte avec ses propres collègues et supérieurs, sa croisade quotidienne contre la connerie des uns, l’incompétence des autres et l’alcoolisme de beaucoup pour pouvoir mener à bien de simples opérations de routine.

[…] Si la mise en scène de Tavernier est inhabituelle par sa frénésie et son refus du cadre fixe la galerie hétéroclite d’acteurs truculents n’hésitant pas à entraîner leurs interprétations aux antipodes du naturalisme, n’est pas étrangère à une certaine tradition du cinéma français des années 30, qui accordait beaucoup d’importance aux gueules et aux caractères, seconds et troisièmes couteaux, sympathiques ou ignobles, mais toujours pittoresques, et venus d’horizons divers – apparition surprenante de Francis Lax. Le grotesque et la bouffonnerie de Mocky et Boisset ne sont pas loin. — Olivier Père