La jeune fille sans les mains

La jeune fille sans mains (France, 2016), un film de Sébastien Laudenbach avec Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm et Philippe Laudenbach. Durée : 1h13. Sortie France : 14 décembre 2016. Produit par Les Films Sauvages et distribué par Shellac.

Splendide animation dans ce premier long de Sébastien Laudenbach.

La Jeune fille sans mains est l’adaptation d’un conte de Grimm, et l’on retrouve dans ce film un grand respect des archétypes narratifs du genre : une héroïne pure, des épreuves, un méchant, les forces du destin et une morale finale. Ici, pas d’ironie contemporaine ou d’origin story. Le conte, et rien que le conte : le fil du récit est suivi avec une telle simplicité que le résultat finirait presque par manquer de surprise… s’il n’y avait pas un impressionnant travail graphique pour le mettre en valeur. A plus d’un titre, le travail d’animation ici à l’œuvre est complètement à rebours de la majorité des dessins animés contemporains. Peint intégralement sur papier, avec des formes esquissées d’un trait léger, le film rappellerait presque davantage la calligraphie japonaise. Si l’on faisait des arrêts sur image (ce qui est souvent tentant), on aurait sans doute l’impression de se retrouver avec des demi-silhouettes plutôt que des formes pleines et finies: une simple tache de couleurs, quelques traits épars… ces images sont audacieuses car parfois quasi-abstraites. Car en réalité, ce ne sont pas tant les dessins en eux-mêmes qui racontent ici l’histoire que le mouvement-même des images : une fois animées, les traits se mêlent, se complètent, les couleurs se déplacent. En seulement quelques coups de crayon furtifs (et grâce à un vrai sens du détail), le Diable change de visage, l’héroïne reprend son destin en main, les personnages évoluent et le récit avec. Pour un peu, on pourrait presque se passer des dialogues, tant le film fait confiance au pouvoir narratif des images. — Gregory Coutaut, Film de Culte