Le Château dans le ciel

Tenku no shiro Rapyuta (Japon, 1986), un film de Hayao Miyazaki avec Mayumi Tanaka, Jim Cummings et Hiroshi Ito. Durée : 2h04. Sortie France : 15 janvier 2003.

Miyazaki, aidé de ses habituels complices, le compositeur Joe Hisaishi et le producteur réalisateur Isao Takahata, parvenait dès ce premier long métrage sorti des studios Ghibli à signer un film d’animation qui soit aussi une œuvre d’art, de la poésie en prose, et surtout du grand cinéma, tous genres confondus.

[…] Aboutissement de l’art miyazakien première période, Le Château dans le ciel puise son décor dans la culture occidentale. Les machines volantes évoquent Jules Verne, les ouvriers Dickens, les espions et les pirates Maurice Leblanc (Miyazaki a adapté Arsène Lupin pour la télévision), et bien sûr Swift : Laputa est l’une des destinations de Gulliver dans ses voyages au Japon. Mais Le Château dans le ciel reste une œuvre profondément originale, qui obéit à ses propres règles davantage qu’à de lointaines origines littéraires. Princesse Mononoke et surtout Le Voyage de Chihiro constitueront pour Miyazaki un repli délibéré vers une inspiration exclusivement japonaise et une invitation à la redécouverte du patrimoine des légendes nippones. Dans Le Château dans le ciel, les accessoires de l’imaginaire futuriste de la Belle Époque ne sont pas utilisés dans les mêmes desseins que chez nos romanciers visionnaires. On ne constate aucune fascination amusée pour l’arsenal guerrier ou scientifique chez Miyazaki, contrairement à bon nombre de ses confrères de la « japanimation ». Le cinéaste dessinateur croit à la lutte des classes et s’autorise une nostalgie élégiaque pour les civilisations éteintes. Laputa symbolise avant tout l’utopie d’un monde meilleur, et Miyazaki dessine un film vertical (la plongée vertigineuse du début) dans lequel la recherche du bonheur dans le ciel se révèle illusoire. Le film autorise une lecture marxiste – le cinéma de Myazaki se contentera bientôt d’illustrer un message écologiste. Alliant vitesse, beauté et intelligence, Le Château dans le ciel, on l’aura compris, n’est pas qu’un joli dessin animé japonais destiné aux enfants petits et grands.

Olivier Père, Arte